Tout ça pour un film.

Publié le par Erwann

 

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La liberté d'expression est une vaste idée. Sans doute la liberté la plus fondamentale pour un système démocratique car elle permet la circulation d'idée, la critique, le débat, la réflexion. Pourtant qu'en est-il lorsque cette liberté coûte des vies ? Pas forcément celles des personnes assumant le fait d'avoir pris position mais celles d'autres ? C'est un peu la question que pose la sortie récente d'un film consacré à Mahomet et l'Islam et la réaction que ce film a provoqué dans l'ensemble des pays musulmans.

Au risque de répéter ce qui a été maintes et maintes fois déjà dit depuis le début de cette affaire, le film est mauvais. Financé et réalisé par un homme dont il est très difficile d'avoir des certitudes quant à son identité (on a parle d'un Israélo-Américain juif, il semblerait que ce soit un Américano-Egyptien copte). En revanche ses motivations sont connues : prouver que l'Islam est une religion de la haine, violente, contre laquelle il faut donc lutter. Son film, il l'a voulu ouvertement politique, ce n'est pas un film religieux. Et à ce titre il joue volontairement la provocation en dressant un portrait de Mahomet fort peu reluisant : idiot, obsédé sexuel, menteur, violent. On peut imaginer la réaction de nombreux Chrétiens si un film avait dépeint Jésus comme alcoolique, voleur de poules et amateur de prostituées.

Les conséquences sont pourtant énormes. Une véritable traînée de poudre qui a enflammé l'ensemble des pays arabes, provoquant la mort d'une dizaine de personnes, dont 4 en Libye (tous Américains) et 4 autres en Tunisie, dans l'assaut de l'ambassade des Etats-Unis. Dans tous les pays, les salafistes se sont emparés du phénomène et ont poussé les manifestants. Concernant la Libye, la branche yéménite d'Al Qaeda a revendiqué l'attaque et la mort de l'ambassadeur américain, la présentant comme une vengeance après la mort du numéro 2 de la mouvance islamiste. Réalité ou volonté de faire croire qu'elle possède une puissance de nuisance intacte, l'important est surtout qu'il démontre qui gravite autour de ces attaques et qui souffle sur les braises.

La réaction n'est pas sans rappeler celles qui avaient suivi la parution de caricatures du Prophète dans un journal danois il y a quelques années. Là encore ces dernières avaient provoqué de violentes manifestations. Dans chaque cas, le caractère jugé insultant de la représentation est bien entendu un élément important provoquant la réaction, mais pas seulement. Le fait même de voir une représentation de Mahomet l'est tout autant.

Et là se situe une erreur majeure des Musulmans. Selon eux il est interdit de représenter le Prophète ou Dieu. En ce sens ils rejoignent d'ailleurs les Juifs, seuls les Chrétiens considérant qu'ils peuvent représenter leur divinité, parmi les religions «révélées». Mais d'une part cette interdiction ne concerne que les Musulmans eux-même, en aucun cas les autres. Partir donc du principe qu'un film américain ou un dessin danois ne peut représenter Mahomet est une erreur. Mais surtout, cette interdiction n'est qu'assez récente en définitive, comme le prouvent les nombreuses représentations du Prophète que l'on peut trouver dans des manuscrits ou des représentations artistiques datant du Moyen-Age ou du XVIe-XVIIIe. Pour une bonne part réalisées par des savants, artistes et intellectuels musulmans.

L'objectif du film est en tout cas atteint. Il s'agissait de prouver que l'Islam est une religion de haine et violente, la réaction des mouvements salafistes et le décès des 4 Américains apportent de l'eau au moulin des fondamentalistes chrétiens aux Etats-Unis et fait le jeu des conservateurs, à tout juste deux mois des élections présidentielles. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si des extraits du film sont sortis sur YouTube précisément à ce moment. De l'autre côté, les fondamentalistes musulmans agitent le chiffon rouge afin d'attiser la haine contre les Américains, l'Occident d'une manière générale et par extension les Chrétiens. Des deux côtés, la volonté est de créer une situation d'opposition qui ne puisse plus permettre des relations pacifiées. Et qui sait de relancer de nouvelles Croisades, comme l'avait si bien dit Georges W. Bush. Au milieu de ce conflit en gestation, des majorités silencieuses qui, comme à d'autres époques récentes, risquent de se retrouver entraînées contre leur gré par ces extrêmismes qui cherchent avant tout à avancer leurs pions. Car dans chaque cas, la possibilité de destabiliser durablement les situations intérieures de leurs pays respectifs tout comme la région Proche et Moyen Orientale ne semble pas les préoccuper plus que ça.

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B
Il est évident qu'il y a manipulation et récupération de ce film par les intégristes pour attaquer les américains en période électorale.Il semble que dans la plupart des pays arbes les projets<br /> laïques culturels et progressistes soient réprimés et pour l'intégrisme: "tout ce qui n'est pas moi est mon ennemi et que ceci continue d'être soutenu par les pays du Golfe...
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