Le "Ni Ni", dernière étape d'une droite en perte de repères.

Publié le par Erwann

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A gauche comme à droite, la croyance est forte selon laquelle la France est un pays ancré à droite, depuis toujours. A tel point que François Baroin, lors de questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale, ne craint pas de dire que la gauche l'avait emporté «par effraction» en 1997. L'idée a d'ailleurs été reprise après les présidentielles par Alain Minc, présenté comme un conseiller «de l'ombre» de l'ancien président, qui déclarait dans une interview au Monde que la gauche ne pouvait de toute manière l'emporter que par effraction.
Pourtant, «par effraction», la gauche est aujourd'hui sur le point de contrôler l'ensemble des leviers du pouvoir, une situation inédite dans l'Histoire de France. Dans le même temps la droite parlementaire a pour sa part obtenu, au premier tour des élections législatives, sont plus bas score depuis 1958, soit depuis le début de la Vème République. Mais, à la grande différence de 1997, un seul parti risque d'être en mesure de gouverner à l'issu du second tour : le Parti Socialiste, sans avoir besoin sans doute du soutien ni d'EELV ni du Front de Gauche. A moins de vouloir volontairement les associer.

En moins de 10 ans, la gauche est donc passée de quasi moribonde, lors de l'élimination au premier tour des présidentielles de Lionel Jospin, à principale force politique du pays, étant à la tête de la majorité des communes, des départements, de la quasi totalité des régions, du Sénat depuis 2011 et donc à présent la présidence de la République, avant de contrôler très probablement l'Assemblée Nationale dès le soir du 17 juin.

Dès lors, comment, «par effraction», la gauche parlementaire a-t-elle réussi à prendre le contrôle de l'ensemble des leviers du pouvoir politique en France, ce pays de droite? La responsabilité se situe sans doute à droite justement, et dans les choix stratégiques qui y ont été fait depuis une dizaine d'années. Et en particulier auprès des deux derniers présidents de la République, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy.

Les deux, à leur niveau, ont en effet profondément transformé la droite parlementaire française. En impulsant la création de l'UMP tout d'abord, pour Jacques Chirac, afin d'en faire une machine de guerre lui permettant de garder la présidence en 2002. En s'inspirant ensuite quasiment exclusivement de l'idéologie tatchérienne et reagannienne ensuite, pour Nicolas Sarkozy, mâtiné d'une petite dose de sécuritarisme propre à la seconde moitié des années 2000.

Pour Jacques Chirac, l'idée est simple : regrouper l'ensemble des forces politiques de droite, le RPR, Démocratie Libérale et, autant que possible, l'UDF, afin d'éviter les candidatures multiples qui ont grandement affaibli la droite aux élections précédentes (lutte Giscard-Chirac en 1981, Barre-Chirac en 1988 et Balladur-Chirac en 1995). Afin d'éviter de vivre une situation identique à celle de Valery Giscad d'Estain en 1981 (dont la défaire est imputée, pour une partie de la droite, à la candidature de Jacques Chirac face au président sortant) il était important d'éviter une multiplication des candidatures à droite, face à une gauche, en 2002, qui sortait de cinq années d'un gouvernement «pluriel» ayant un bilan globalement positif.
Mais il était impossible d'être le candidat unique de la droite sans donner des garanties aux futures composantes de l'UMP, en particulier à Démocratie Libérale dont l'une des principales figures, Jean-Pierre Raffarin, est la cheville ouvrière de la fusion de son parti avec le RPR. L'autre figure tutélaire du mouvement tentera malgré tout de se présenté en 2002 mais sans soutien réel Alain Madelin n'atteindra pas les 4% au premier tour.

Sa réelection assurée, Jacques Chirac récompense donc Jean-Pierre Raffarin pour son soutien en le nommant premier Ministre. Au passage le RPR renie son idéologie gaulliste et laisse la droite française prendre un chemin qui le rapproche des droites anglo-saxonnes : fini l'Etat providence à la française instauré par le Général, bienvenue dans l'ère du néo-libéralisme triomphant. Et au passage c'est une partie de l'électorat traditionnel de la droite qui est destabilisée, celle de l'UDF.
La seconde lame est l'élection de Nicolas Sarkozy, pour qui la droite se doit d'assumer une ligne libérale et conservatrice, s'inscrivant ainsi totalement dans les politiques menées par Margaret Tatcher et Ronal Reagan 30 ans plus tôt. Malgré un contexte politique qui s'est compliqué pour la droite (défaite aux élections intermédiaires et en particulier marée «rose» aux Régionales), Nicolas Sarkozy profite de son image construite au ministère de l'Intérieur mais également de la faiblesse de l'opposition socialiste pour l'emporter tranquillement. Difficile de tirer un bilan de son quinquenat si peu de temps après sa défaite mais il est d'ores et déjà certain que la politique menée pendant ces cinq années, et sans doute plus encore les nombreuses déclarations (certaines provenant directement de la rhétorique frontiste) ont eu un double effet : renforcer l'extrême droite et faire fuir un certain nombre d'électeurs de centre-droit.

Au point de pousser un François Bayrou, pourtant considéré à la fin des années 80 et au début des années 90 comme un futur grand de la droite, à se prononcer publiquement en faveur du candidat PS à l'entre deux tour, au nom des valeurs. Choix qu'un certain nombre d'électeurs du centre n'ont pas hésité à suivre, pour les mêmes raisons.

Politiquement parlant, un bilan et déjà possible pour la droite de ces cinq dernières années : depuis l'élection de Nicolas Sarkozy la droite a perdu l'ensemble des élections, jusqu'à perdre le Sénat, chose impensable il y a encore cinq ans, et donc se retrouver avec son plus faible score depuis 1958.

La droite française doit à présent se réinventer. Dans un premier temps elle espère surtout limiter les dégâts lors de ces législatives. Au point de prendre position pour le «ni gauche ni FN». Pour la première fois la droite parlementaire refuse de se désister en faveur du PS face au FN, alors que le PS (en position de force, la proposition est fatalement plus facile à faire) proposait la réciprocité face au FN. Une «règle» qui a systématiquement été appliquée jusqu'à présent entre les forces politiques considérées comme républicaines.

En 1986 François Mitterand avait modifié les règles électorales, donnant la possibilité au FN d'entrer pour la première fois à l'Assemblée Nationale, espérant ainsi empêcher une marée RPR-UDF. En 2012 l'UMP fait le même pari: accepter l'entrée d'une minorité de députés FN pour limiter la marée PS. Poussé dans ce sens qui plus est par son aile la plus remuante, la droite populaire, qui appelle a une vraie alliance avec le FN.

Pour certains à l'UMP, la droite parlementaire ne doit pas rougir d'une telle alliance puisque le PS s'associe à l'extrême gauche. Pour autant jamais encore la gauche parlementaire ne s'est retrouvé à gouverner avec le NPA ou Lutte Ouvrière. Quant au Front de Gauche, il serait à la gauche ce que Démocratie Libérale était à la droite.

La reconstruction de la droite se fera après les élections. Reste à savoir dans quel état. Implosion de l'UMP ou non? Quelle base idéologique? Quelles valeurs défendues? Les enjeux sont nombreux et le défi important. Et les électeurs de droite, surtout ceux qui ne se sentent plus représentés par la ligne défendue, attendent beaucoup. A moins de parier uniquement sur un échec de la gauche. Auquel cas ceux qui en profiteraient seraient peut-être plutôt à chercher cette fois à droite de la droite. Ou de voir la France, ce pays de droite, s'ancrer définitivement à gauche.

Publié dans Politique

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