La grande guerre contre le terrorisme

Publié le par Erwann


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Le début d'une nouvelle décennie a vu apparaître ces dernières semaines une ribambelle de bilans en tout genre concernant ce qui a marqué les dix premières années du nouveau millénaire. Sans conteste le fait le plus marquant et ayant eu le plus d'influence et de conséquences sur notre Monde reste les attentats du 11 septembre, et ce qui s'en est suivie, la «guerre contre le terrorisme».

Paradoxalement, assez peu de bilans ont été fait de ces neuf premières années de guerre qui sont pourtant au centre de la redistribution des relations internationales et des impératifs de géopolitique à court et moyen terme. Si cette guerre a commencé, après la «déclaration» officieuse que marquent les attentats de 2001, en Afghanistan, elle s'est par la suite propagée en Irak mais également en Europe (via les attentats de Londres et Madrid), avec d'énormes conséquences autant en politiques intérieures (la défaite de José Maria Aznar en Espagne juste après les attentats) qu'en terme de relation entre l'Occident et le monde Arabo-musulman.

A l'origine, cette guerre avait pour objectif de défendre la civilisation et les valeurs occidentales, présentées comme étant empreintes de liberté, d'ouverture aux autres et de développement aussi bien matériel que spirituel, contre l'obscurantisme, l'extrémisme et la division promues par des groupes religieux et violents qui auraient été fédérés par Oussama Ben Laden à travers la nébuleuse Al Qaeda.

Mais neuf ans plus tard, force est de constater que non seulement la guerre n'est pas gagnée, qu'elle en est loin, mais en plus qu'elle est sur le point d'être perdue. Elle ne le sera sans doute pas militairement, même si l'on peut s'attendre à ce que le retrait américain d'Irak finisse par entraîner une guerre civile qui pourrait amener au pouvoir un régime religieux chiite semblable à celui existant dans l'Iran voisin et si, en Afghanistan, la destruction des Talibans n'est pas pour demain et risque de ne jamais arriver avant de voir les Américains, là encore lassés par leurs morts, finir par se retirer du pays (comme les Soviétiques et les Anglais avant eux) pour le laisser aux mains de ceux qu'ils combattaient.

C'est plus certainement au niveau des conséquences «indirectes» que cette guerre qui prétendait défendre des valeurs a été perdue. Pour la simple et bonne raison qu'elle a poussé les pays occidentaux à se détourner de ces valeurs.

Car sous prétexte de lutter contre le terrorisme et sous l'impulsion des Etats-Unis, tous les pays européens se sont dotés d'un arsenal juridique de plus en plus poussé permettant le contrôle de la population. Ces outils, si à la base doivent servir à détecter des possibles cellules terroristes en vue d'empêcher de possibles attentats, ont entraîné un recul très marqué des libertés individuelles. Pire, ces menaces terroristes ont parfois servies de prétexte pour renforcer un arsenal judiciaire élargi à de nombreux autres crimes et délits, au nom de la sécurité, qui prend le pas très nettement sur les libertés.

Il arrive que les opinions publics réagissent face à ces violations de leur vie privée, comme ça a été le cas en France contre le fichier EDVIGE ou la loi HADOPI ou au Royaume Uni contre la généralisation de la carte d'identité, mais d'une manière générale ces réticences sont contournées par de nouvelles dispositions simplement très légèrement modifiées voire, parfois, par la mise en place du dispositif en plusieurs phases, pour ne pas attirer l'attention.

Couplé à la généralisation des caméras de surveillance, au traçage grâce aux puces des cartes de transports, à la possibilité d'une écoute généralisée des conversations téléphoniques et un contrôle des échanges internet, aujourd'hui tous les outils sont en place pour permettre non seulement un suivi quasi quotidien de chaque citoyen mais en plus un classement des citoyens en fonction de leurs activités professionnelles, leurs hobbies, leurs idées politiques, leur niveau de vie, leur situation familiale et même leurs origines et leur orientation sexuelle.

Le plus significatif reste le fait que, malgré l'existence de bon nombre de ces dispositifs à Londres en 2005, cela n'a pas empêché la mort de 56 personnes suite aux quatre explosions. Pire, si demain un gouvernement d'extrême droite (par exemple) se mettait en place dans un de ces pays, il disposerait de tous les moyens nécessaires pour classer la population en fonction des intérêts qu'il souhaite défendre, voire plus si jamais une envie de reproduire le modèle nazi lui venait à l'esprit.

Or c'est une situation qui peut potentiellement se produire car ces dernières années ont vu non seulement une montée des partis d'extrême droite dans de nombreux pays d'Europe (même le Royaume Uni, traditionnellement à l'abri d'un tel phénomène semble aujourd'hui touché) mais également une fracture de plus en plus prononcé entre les populations autochtones et celles issues de l'immigration, en particulier lorsque ces populations immigrées viennent de pays arabo-musulmans.

Les derniers exemples en date, le résultat de la votation concernant les minarets en Suisse et le débat sur l'identité nationale en France, montrent non seulement un repli identitaire marqué en Europe mais également un rejet de plus en plus marqué des populations musulmanes. Ce phénomène se retrouve également en Allemagne, où les violences contre les Turcs se sont multipliées depuis la fin des années 90, ainsi qu'en Espagne ou en Italie, généralisé à toute la population d'origine immigrée cette fois, comme l'ont montré les incidents en Calabre.

Parallèlement ce sentiment de rejet de la part des opinions publiques et le durcissement des législations à leur encontre ont créé chez les populations d'origine immigrée une impression défiance et de mise à l'index qui a pour conséquence de renforcer un repli identitaire, en particulier chez les plus jeunes, pourtant nés le plus souvent dans le pays d'accueil, très souvent marqué par une place importante prise par la religion. Ces conditions créent un terreau très fertile pour le recrutement de nouveaux membres par les réseaux terroristes.

L'un des principaux arguments des terroristes islamistes est que la liberté et l'ouverture sont avant tout des concepts que l'Occident souhaite exporter mais qu'elle n'applique pas elle-même et grâce aux attentats perpétrés durant cette décennie ils sont en train de prouver, en particulier aux opinions publics des pays arabes et musulmans, qu'ils avaient raison, renforçant par la même occasion leur position et obligeant les gouvernements de ces pays, comme en Egypte, de tenir compte de leurs idées.

Mais surtout ils risquent de remporter cette guerre pour la simple et bonne raison qu'ils ont réussi à faire renoncer à leurs valeurs fondamentales non seulement les gouvernements mais aussi les opinions publiques occidentales en focalisant l'attention sur des questions de sécurité qui ne pourra de toute manière être assurée en faisant une croix sur ces valeurs.

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