L'indépendance dans l'Union

Publié le par Erwann

 

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Pour nombre d'observateurs c'est un fait : si l'Union Européenne ne se réforme pas, elle implosera. La crise de la dette des Etats européens, en particulier dans la zone Euro, et le manque de réactivité des politiques pour la résoudre met à mal la cohésion même de cet ensemble unique au Monde. Et chacun attend le coup d'envoi du démembrement, qui sera pour beaucoup donné par l'exclusion de la Grèce de la zone Euro, qui marquera le retour à une Europe des nations et mettant ainsi fin à cet ovni de la géopolitique.

Pourtant, à y regarder de plus près, il n'est pas certain que l'UE soit la future victime de la crise mais sans doute bien les Etats eux-même. C'est ce qu'a rappelé avec force l'immense manifestation pour une Catalogne indépendante qui a eu lieu le 11 septembre à Barcelone. Dans les rues de la ville, entre 1,5 et 2 millions de Catalans manifestants pour l'indépendance de leur région.

Si les revendications catalanes ne sont pas nouvelles, jamais elles n'ont trouvé une expression aussi forte. Un sondage paru quelques mois plus tôt dans la Vanguardia montrait d'ailleurs que plus de 50% des Catalans affirmaient qu'ils voteraient pour l'indépendance si un référendum sur le sujet leur était présenté. En 2001 la proportion dépassait à peine les 30%. Parmi les raisons invoquées, la crise est en bonne position, avec la gestion qui en est faite par le gouvernement madrilène et le fait que le pouvoir central ne reverse pas suffisamment d'impôts à la région, elle-même endettée.

Cette revendication forte de la Catalogne s'inscrit dans un mouvement assez large qui, depuis une dizaine d'années, a gagné en puissance et traverse l'Europe Occidentale. Si la recomposition et l'éclatement de l'Europe de l'Est, consécutive à la chute du bloc communiste, est en train de s'achever (se pose encore la question d'un Kosovo indépendant de fait mais pas encore reconnu internationalement, qui rejoindra peut-être à terme l'Albanie), l'Europe de l'Ouest semble à son tour touché par cette volonté d'un certain nombre de comunauté de (re)prendre leur indépendance.

Si les revendication indépendantistes avaient en effet un peu perdu de vigueur depuis la fin des années 70-80, elles reprennent de la force depuis le début des années 2000, et certaines nations n'ont sans doute jamais été aussi proches de l'indépendance. En effet, si la Belgique a pour l'instant réussi, après des mois de discussion, à sauver les meubles, les Flamands finiront sans doute par obtenir l'éclatement du Royaume. De la même manière, l'Ecosse semble plus que jamais proche de retrouver son indépendance, perdue officiellement en 1707 avec l'Acte d'Union donnant naissance au Royaume Uni de Grande-Bretagne. Dirigé par le parti indépendantiste (tout comme la Catalogne. Dans le Pays Basque, si la Communauté autonome est dirigé par un président socialiste, celui-ci le fait avec l'appui du Parti National Basque, majoritaire), cette dernière se dirige de plus en plus vers un référendum, volonté d'Alex Salmond, le premier ministre écossais.

Dès lors, que se passera-t-il si le mouvement s'enclenche dans l'un ou l'autre de ces pays ? On peut parfaitement s'attendre à un effet domino avec une résurgence des revendications indépendantistes de nombreuses minorités d'Europe de l'Ouest. Car on a tendance à oublier deux faits : les frontières des pays européens (si l'on excepte la réunification allemande) sont extrêmement récente et n'ont que 70 ans. Mais au-delà de ça, certains des pays majeurs de l'Europe (Allemagne ou Italie) n'ont été unifiés que durant la seconde moitié du XIXème siècle. C'est durant cette même période qu'est né le concept de nation tel qu'il est connu aujourd'hui, précisément dans le but de créer une cohésion à l'intérieur de frontières regroupant bien souvent des éléments disparates.

En France également la question peut se poser. Car une fois le mouvement d'indépendance au niveau européen enclenché, quelles répercutions sur le territoire national? On peut déjà forcément imaginer qu'une indépendance de la Catalogne ou du Pays-Basque entraînerait des revendications territoriales sur les parties de ces deux nations situées en France (à peu de choses près la moitié des Pyrénées Atlantique d'un côté, les Pyrénées Orientales de l'autre). De même, si demain il existe une Flandre indépendante, doit-on s'attendre à la voir revendiquer les Flandres françaises (grosso modo le département du Nord)? Et par extension, si ces revendications ont lieu, quelles seront les conséquences sur les autres régions indépendantistes ?

Car on ne peut imaginer qu'en Corse, Bretagne, Occitanie ou même Savoie, des voix ne s'élèvent pas pour demander de nouveau leur indépendance. Car si un pays peut demain risquer une vraie implosion, il s'agit bien de la France. Malgré les efforts de l'Etat entre la seconde moitié du XIXème siècle et les années 60 pour tenter de faire disparaître au maximum les particularismes locaux, ces derniers expriment toujours et ont repris énormément de vigueur depuis une trentaine d'années.

En Bretagne par exemple, les demandes pour une réunification de la Bretagne Historique sont régulières et les manifestations dans ce sens réunissent régulièrement des milliers de personnes. Un sondage publié dans Ouest France mettait en avant qu'une immense majorité des personnes interrogées s'identifiaient comme Bretons avant d'être Français. Et le sentiment d'appartenance à l'Europe arrivait juste derrière. Dans certains cercles économiques et politiques, les critiques à l'encontre du jacobinisme se font de plus en plus fortes, certains n'hésitant pas à proclamer que «le problème de la Bretagne, c'est la France».

Et avec la crise cela ne s'est pas amélioré. Beaucoup d'executifs régionaux ont dû mettre un certain nombre de projets de développement entre parenthèse du fait d'un manque de financement de la part de l'Etat alors que ce dernier continue de prévoir des milliards d'Euros pour la mise en place du futur Grand Paris, provoquant un mouvement de mécontentement dans les éxécutifs locaux. Les prochaines lois de décentralisations risquent d'être attendues avec intérêt.

Certains parlent déjà du risque de la balkanisation suite à l'immense manifestation catalane. Il faut admettre que les guerres de Yougoslavie n'ont pas rendu service aux expressions indépendantistes ailleurs en Europe. Pourtant, les risques sont faibles dans la grande majorité des pays d'Europe de l'Ouest. En Espagne, Royaume Uni ou Belgique, les provinces revendiquant l'indépendance en sont déjà à un tel degré d'autonomie qu'il manque très peu de choses pour que l'indépendance se fasse, en douceur. De plus, comme l'a parfaitement exprimé le président de l'assemblée catalane, si ces nations veulent prendre leur indépendance vis à vis de leur gouvernement national, elles souhaitent souvent le faire dans le cadre de l'UE malgré tout. L'Union Européenne garante de la paix sur le continent, un retour à la volonté originelle des créateurs de la Communauté. Et sans doute la preuve que l'Europe est sans doute plus solide qu'on ne le pense.

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