Entre espoir et inquiétude, Grand'Anse poursuit son désenclavement

Publié le par Erwann

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Financée grâce à l'aide internationale, une route reliant le département de la Grand'Anse au reste du pays est en construction. Elle devrait permettre de diviser par deux le temps de trajet vers Port-au-Prince. Une question de survie pour ce pays grand comme la Bretagne.

 

« Vous êtes allés à Jérémie par la route ? Vous êtes courageux! » Voici le genre de réaction que l'on peut entendre lorsque l'on dit avoir rejoint Jérémie, chef lieu du département de la Grand'Anse, autrement qu'en avion. Car si la route reliant Port-au-Prince aux Cayes, chef lieu du département voisin du Sud, est en excellent état, il n'en est pas de même pour les 80 derniers kilomètres jusque Jérémie.

 

A travers les montagnes, ce n'est rien d'autre qu'une piste défoncée, sinueuse et accidentée, parfois à même la roche et ravinée par les pluies tropicales, ne laissant passer par endroit qu'un seul véhicule et pourtant empruntée chaque jour par nombre de camions et d'autobus surchargés.

 

« Auparavant, il fallait jusque 8h pour rejoindre les Cayes en partant de Jérémie en autobus, c'était un voyage très éprouvant, sans parler des dangers que représentaient cette route. A présent, il faut entre 4h et 4h30, grâce aux travaux engagés depuis fin 2009, mais il reste beaucoup à faire encore », explique Vidal Chevalier, le maire de la commune de Chambellan, située à 40km à l'ouest de Jérémie, ce qui représente 2 à 3h de route.

 

Une nécessité économique.

 

Longtemps enclavée, la Grand'Anse se voit en effet peu à peu reliée au reste du pays. Une entreprise brésilienne de BTP construit actuellement cette route entre le département et son voisin du Sud. Partant à la fois des Cayes et de Jérémie, les deux tronçons doivent normalement se rejoindre dans le massif montagneux séparant les deux villes au milieu de l'année 2013, près de 4 ans après le début des travaux.

 

«Ici nous avons énormément de possibilités agricoles mais nous ne pouvons matériellement pas exporter notre production jusque Port-au-Prince à cause de la route. Il en va de même pour le tourisme, nous avons une grande diversité de paysages et parmi les plus belles plages du pays mais comment développer un tourisme d'intérieur dans ces conditions ?» s'interroge pour sa part Jean-Claude Fignolé, maire des Abricots, 20km de Jérémie pour 2h de trajet.

 

Car malgré de nombreuses améliorations possibles en la matière, la production agricole du département lui permettrait sans problème de vendre ses surplus de produits frais sur les marchés de la capitale, en manque cruel à l'heure actuel. Si une partie de la production peut aujourd'hui quitter Jérémie via une liaison maritime hebdomadaire vers Port-au-Prince, la route, une fois achevée, permettra un approvisionnement bien plus régulier.

 

La crainte du déboisement.

 

Cependant, si l'achèvement de la route est attendu avec impatience, il suscite en même temps des inquiétudes au niveau environnemental.

 

« On craint de subir un déboisement massif dans les prochaines années, la Grand'Anse demeure l'une des rares réserves forestières restantes du pays mais le bois est utilisé dans de nombreux domaines, tel que la construction et le charbonnage, essentiels à la vie quotidienne. Si les autorités ne prennent pas de mesure afin de protéger l'environnement, l'effet de la route risque d'être très négatif », s'inquiète Vidal Chevalier.

 

Une inquiétude que partage son collègue des Abricots, pour qui « la route construite à l'époque de Baby Doc (Jean-Claude Duvalier) a eu pour effet de diminuer sensiblement la couverture forestière de la Grand'Anse. Les paysans pouvaient vendre du bois à des vendeurs de charbon. Ils y voyaient un moyen de gagner de l'argent rapidement. Paradoxalement, cette situation d'isolement du département depuis lors, faute d'entretien de cette route, a sans doute été sa chance ».

 

Deux questions restent également en suspens. En effet, qu'en sera-t-il des liaisons entre Jérémie et les autres communes du département, majoritairement à plus de 2h de route, souvent très dangereuses, du chef lieu aujourd'hui? Et qui se chargera de l'entretien de la route une fois achevée, dans quelle état sera-t-elle dans quelques années? Dans un département voisin, une route est reconstruite de loin en loin, faute d'entretien réguliers, au gré des financements issus de l'aide internationale.

 

Publié sur Côtes d'Armor magazine

Publié dans Société

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