Elections présidentielles: bilan du premier tour

Publié le par Erwann

 

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Un premier tour de présidentielle étrange. Pour la grande majorité des électeurs, difficile d'être en effet pleinenement satisfaits des résultats. A l'exception notable du FN, aucun candidat n'a réussi à atteindre réellement son objectif et, pourtant, aucun, ou presque, ne peut être réellement déçu de ce premier tour. Un tour d'horizon montre effetectivement qu'au final, si personne ou presque n'a à rougir de sa performance, aucun des principaux candidats ne peut pour autant se réjouir du score obtenu, excepté donc Marine Le Pen.


Pour François Bayrou, ces élections représentent sans nul doute une déception. Bien loin du total atteint il y a 5 ans, le candidat centriste ne réussi finalement pas à franchir à barre des 10%. Au terme d'une campagne assez terne, durant laquelle le président du Modem n'a jamais réussi à imposer un thème durant ces derniers mois, il se retrouve bien loin du résultat espéré. Malgré une certaine légitimité issue de sa prédiction de 2007 (concernant une crise économique très prochaine), et un programme économique qui se voulait plus prudent que ceux des deux finalistes, François Bayrou n'a pas réussi à convaincre. Pire, la dynamique d'il y a 5 ans s'est peu à peu effilochée, au gré du ralliement d'un certain nombre de centristes à Nicolas Sarkozy, du fait également d'épisodes malheureux comme le débat contre Daniel Cohn-Bendit aux dernières Européennes (on constate un effritement des intentions de vote en faveur du Modem après ce moment clé).

Pour autant, rien n'est perdu à court ou moyen terme. Positionné en arbitre d'un second tour où le report des voix sera déterminant, il peut capitaliser sur un rapprochement vers l'un ou l'autre des candidats encore en lice. On l'imagine assez mal, malgré tout, prendre position en faveur de Nicolas Sarkozy après s'être placé pendant toute la mandature de ce dernier comme un de ses plus farouches opposants. De même, un rapprochement avec François Hollande risque d'être compliqué, un certain nombre de personnes au PS acceptant mal la possibilité d'une alliance avec un ancien ministre de Jacques Chirac.

Au final, il a certainement tout à gagner à ne pas prendre position, tout en pariant sur une défaite du président sortant, qui entraînerait une très probable implosion de l'UMP, tiraillé entre les centristes et la droite dite populaire. Dans ce cas de figure il lui resterait à batailler avec Douste-Blazy, Morin ou Borloo pour garder la tête du centre. Comme aux plus belles heures de l'UDF.


Déception également chez Jean-Luc Mélenchon, finalement 4ème avec un score inférieur aux prévisions des sondages (dans la marge d'erreur toutefois). Pourtant il s'agit d'une percée inédite pour les forces situées à gauche du PS depuis les présidentielles de 1981. Une vraie réussite pour des premières présidentielles avec un mouvement pas encore structuré.

Avec un tel score il se retrouve en excellente situation pour pousser le PS à infléchir sa position sur un certain nombre de sujets, en particulier dans le domaine social. S'il y a peu de chance qu'il en parle dès à présent, afin de ne pas faire fuir l'électorat centriste qui pourrait être tenté de voter pour François Hollande au second tour, nul doute que le sujet sera présent, plus encore si ce score se confirme lors des prochaines législatives.

S'il semblait réussir à siphonner l'électorat frontiste, il lui reste encore à acquérir un relative légitimité vis-à-vis de ce dernier. Pour la suite, l'important pour lui sera d'assurer la pérennité de son mouvement. A ce niveau le leader du Front de Gauche se trouve dans une situation équivalente à celle de François Bayrou en 2007, faire exister et donner de la visibilité à un mouvement sur la scène politique au-delà d'une élection présidentielle donc au-delà de sa propre personne. Tout l'enjeu des prochaines échéances électorales pour le Front de Gauche réside dans la résolution de cette équation.


La grande gagnante est sans conteste possible Marine Le Pen et ce, paradoxalement, au terme d'une campagne somme toute faiblarde, bien loin de la qualité oratoire et de l'entrain dont faisait preuve son père. Mais dans un contexte économique difficile, où la mondialisation et l'UE sont montrés du doigt, il ne lui restait finalement pas beaucoup d'effort à faire.

En ajoutant l'affaire Merah, à tout juste un mois du premier tour, et les multiples discours tenus entre autres par le ministre de l'Intérieur Claude Guéant dans l'espoir de réussir à nouveau le coup de 2007, inutile pour la présidente du mouvement d'extrême droite de forcer son talent. Sa seule crainte se situait de l'autre côté du spectre politique, avec la montée de Jean-Luc Mélenchon dans les sondages. Au final celui-ci n'aura pas réussi à reprendre une partie de l'électorat ouvrier à la candidate FN. Les 3 à 4% au-dessus des sondages obtenus par Marine Le Pen correspondent d'ailleurs sensiblement au 3 à 4% manquant au candidat du Front de Gauche pour être au niveau des pronostics annoncés. Certains dans l'isoloir ont sans doute finalement décidé d'accorder leur voix à une figure plus connue et mieux identifiée comme opposante de tout temps au système en place.

Avec un score bien supérieur que celui de son père en 2002 (autant en pourcentage qu'en nombre d'électeurs), Marine Le Pen prouve que le score de 2007 n'était finalement qu'un accident de parcours. Il pose également la question des réponses apportées aux interrogations qu'exprime cet électorat qui dépasse largement la sphère xénophobe. Plus que jamais le vote FN représente un vote protestataire et de rejet d'un certain type de politique. Il met également à mal les discours sur l'immigration et la sécurité tenus par le président sortant depuis maintenant 10 ans, car il prouve qu'à mesure que les inégalités progressent, le vote FN progresse, indépendamment des solutions choisies pour lutter contre l'immigration et la délinquance.


Nicolas Sarkozy est l'autre grand perdant de ce premier tour. Pour la première fois de l'Histoire de la Vème République, un président sortant ne se retrouve pas en tête avant d'aborder le second tour. Alors que beaucoup dans l'entourage présidentiel conditionnaient une victoire finale à cette hypothétique pôle position, la situation semble aujourd'hui assez mal embarquée.

Au gré d'une campagne hésitante, où il n'a jamais su imposer un rythme, bien loin de la maîtrise dont il avait fait preuve en 2007, en terme de communication entre autres, le président de la République a parfois semblé à bout de souffle, plus préoccupé par le risque d'être largué dès le premier tour, voire de subir un « 21 avril à l'envers » (selon l'expression consacrée), que par sa réélection. Si tel était l'objectif, au moins est-il atteint. Nicolas Sarkozy sera présent au second tour et est à distance honorable du candidat socialiste, dans la fourchette annoncée par les sondages sur les dernières semaines. Mais il est second, le contrat n'est donc pas totalement rempli.

Tenté de se présenter comme le candidat anti-élites, il n'a finalement pas réussi à faire oublier ses puissantes amitiés dans le monde des grands patrons. Le dîner des grands contributeurs à sa réélection au Crillon alors qu'il était en meeting sur la Concorde n'a à ce titre pas aidé. Ses discours fustigeant le fait que ceux qui travaillent ne gagnent pas autant que ceux qui ne travaillent pas ne semble, là encore, pas porter ses fruits, 5 ans après s'être présenté comme le candidat du pouvoir d'achat et alors que ses principales décisions ont semblé en faveur du grand patrimoine. Enfin, son bilan plus que moyen et le manque de visibilité quant à la politique menée (recul sur plusieurs réformes mises en place entre autres) ne jouent guère en sa faveur.

Reste à choisir la stratégie à adopter. Sous l'impulsion de son conseiller Patrick Buisson, ancien d'extrême droite favorable au rapprochement de « toutes les droites », Nicolas Sarkozy pourrait être tenté de vouloir donner des garanties à l'électorat de Marine Le Pen, au risque de se mettre à dos l'électorat de François Bayrou qui serait susceptible de voter pour lui, voire de perdre une partie de l'électorat centriste ayant voté pour lui au premier tour, par souci de continuité.

Le calcul est des plus risqué si l'on considère les premières enquêtes d'opinion du second tour qui parlent d'un report des voix du FN sur le candidat UMP d'à peine 50%, 20% envisageant de s'abstenir alors que les 30% restant seraient tentés par François Hollande. L'UMP semble également penser qu'une multiplication des débats jouerait en faveur de son candidat, au même titre que celui de l'entre deux tours en 2007, face à Ségolène Royal, avait été décisif mais oubliant que le candidat PS n'est plus le même et que ce dernier s'en est très bien sorti face à Alain Juppé, pourtant pas le premier venu, lors d'un récent débat.


Au Parti Socialiste non plus la joie n'a pas été totale. Si les Socialistes peuvent légitimement se féliciter de la première place de leur candidat et du score obtenu, leur meilleur sous la Vème République après 1988, la marge n'est pas aussi importante qu'espérée sur le président sortant et surtout, la réserve de voix ne semble plus aussi large.

Avant les élections, François Hollande était invariablement donné vainqueur au second tour, avec environ 10% de marge sur Nicolas Sarkozy. Si l'on en croit les deux sondages réalisés dimanche soir après la publication des résultats, la donne n'a pas franchement changé : le candidat socialiste l'emporterait à 54%. Si l'on en écoute la presse étrangère lundi matin, la victoire de Hollande ne fait aucun doute. Mais la faiblesse relative de Jean-Luc Mélenchon associée au score exceptionnellement haut de Marine Le Pen inquiète passablement les sympathisants PS, un score plus élevé du candidat du Front de Gauche aurait en effet donné une marge plus confortable à François Hollande.

S'il a pu capitaliser jusqu'à présent sur le rejet autant de la politique que du style de Nicolas Sarkozy, il doit malgré tout tenir compte d'un déficit d'image, toujours assez brouillée pour un certain nombre d'électeurs. S'il veut conserver sa marge il devra commencer à prendre des risques et se dévoiler, montrer qu'il peut encaisser les coups et élever le débat, bref prouver qu'il a bien la capacité d'être président de la République. Selon les mêmes sondages, en plus de près d'un tiers de l'électorat FN, il récupérerait également un tiers de l'électorat Modem, un autre tiers se reportant sur Nicolas Sarkozy alors que le dernier tiers envisagerait de s'abstenir. Plusieurs personnalités du centre ont d'ailleurs déjà annoncer qu'ils voteraient en faveur de François Hollande.

Ce rejet du président-candidat, qui peut s'accentuer dans une partie de l'électorat si d'aventure ce dernier radicalisait son discours, joue plus que jamais en faveur du candidat PS. Mais il ne sera pas suffisant pour l'emporter.

Publié dans Politique

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