DSK sort du jeu

Publié le par Erwann

 

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L'année 2011 est décidément une année très riche. Après les révolutions dans le monde arabe (toujours en cours), la création d'un nouvel Etat (le Sud-Soudan), les tremblements de terre en Nouvelle Zélande et au Japon, la crise nucléaire (elle aussi toujours en cours), la mort de l'ennemi public numéro 1 des Américains, le mariage princier que la moitié de la planète semble avoir attendu, c'est donc au tour du désormais ex-directeur du FMI, ex-futur président de la république française (si l'on en croit les différents sondages depuis plus d'un an) de se retrouver au cœur de l'actualité.

Pour le coup cela ne vole pas bien haut. Comme tous les médias de France et de Navarre l'ont dit et répété, Dominique Strauss-Kahn est accusé de tentative de viol et de harcèlement sexuel, il est actuellement enfermé dans la prison new-yorkaise de Rikers Island où il attend d'être présenté vendredi devant le grand jury afin de savoir si les poursuites sont abandonnées ou s'il aura le droit à un procès et, dans ce cas, s'il sera libéré d'ici là ou placé en détention provisoire.

A l'exception des fans de New York Section Criminelle, les aventures américaines de DSK marquent au passage la découverte de la justice américaine pour nombre de Français, découverte qui semble avoir choqué un certain nombre d'observateurs et hommes (ou femmes) politiques, pourtant bien souvent au fait de la réalité du système judiciaire outre-atlantique. La «violence» de cette dernière a été mise en avant. Comme l'a fort justement rappelé un papier de rue 89, la justice française n'est pourtant pas plus douce, tout du moins avec le commun des mortels, une petite plongée aux audiences en comparution immédiate le prouvant tous les jours.

Mais la grande question reste: est-ce que DSK est coupable ou s'est-il fait piéger? Par qui le piège aurait été mis en place semble être une question secondaire même si certaines théories avancent plus ou moins le fait que la femme de ménage du Sofitel de New York aurait pu être télécommandée depuis l'Élysée (pour certains) ou depuis le FMI (pour d'autres). Quand certains ne parlent pas d'un complot intra-PS pour sortir celui qui était, paraît-il, certain de remporter les primaires socialistes.

Pour accréditer ces théories du complot, bon nombre de ses défenseurs mettent en avant plusieurs arguments, comme le fait que l'hôtel appartient à une chaîne française (le groupe Accor). Mais surtout, ce qui revient tout le temps, c'est le «je le connais personnellement, jamais il ne serait capable de faire une chose pareille», preuve on ne peut plus objective, il faut bien le dire.

De ces théories du complot associées à cette image partiale de la justice américaine découle un fait qui du coup semble couler de source: Dominique Strauss-Kahn est une victime dans cette affaire, mieux, est LA victime, seule et unique, qui se bat avec courage et détermination face à un système qui veut le détruire. Sentiment renforcée par l'absence d'éléments concrets concernant la, à priori, réelle victime, la jeune femme qui aurait été agressée. Ce n'est en effet que plusieurs jours après la révélation des faits, dans un flot constant d'info en direct et de commentaires tous azimuts que des voix ont commencé à s'élever afin de remettre les choses en perspective: on parle potentiellement d'une agression sexuelle, voire d'un viol, crimes graves, dont la victime n'est certainement pas DSK mais bel et bien la jeune femme de ménage de l'hôtel.

Une fois ce fait établi, le reste ne semble plus si extraordinaire que ça. Un homme accusé de viol qui, après plusieurs heures de garde à vue, est sorti du commissariat, menotté, pour être conduit devant un juge où l'on discute de sa possible remise en liberté avant sa comparution devant le grand jury, le même homme qui se retrouve enfermé dans la prison du comté et dont la remise en liberté est refusée car il dispose des moyens, de manière tout à fait objective, pour se soustraire à la justice américaine, voilà qui n'a rien de bien choquant. De plus, là encore, quiconque ira traîner à une séance d'un tribunal correctionnel français y verra des scènes quasiment identiques, quotidiennement.

On pourra toujours gloser à n'en plus finir sur la mise en scène lors de la sortie du commissariat de Harlem, il n'en reste pas moins que dans un pays comme les États-Unis, où le spectacle est permanent, une telle mise en scène lors de l'arrestation d'une personnalité est loin d'être inhabituelle. Et même ancienne puisque nombreux sont les observateurs qui ont souligné le parallèle avec les photos de la grande époque de la prohibition, par exemple.

DSK est-il coupable des faits qui lui sont reprochés? Dans ce genre d'affaire, là encore indépendamment de la stature internationale du mis en cause, il est toujours très difficile de faire la part des choses, pour la simple et bonne raison qu'il s'agit avant tout de savoir qui dit la vérité. C'est parole contre parole et un rien peut faire basculer l'impression de vérité dans un sens ou dans l'autre. Lorsqu'un rapport sexuel peut être prouvé il faut encore démontrer que celui-ci a été forcé or souvent les victimes ne portent pas plainte tout de suite, les preuves physiques disparaissent donc. Dans le cas d'un harcèlement sexuel, il est encore plus difficile de démontrer quoi que ce soit. Ce sont souvent ces difficultés, en plus d'un sentiment de culpabilité instillé par la société dans ce genre d'affaire, qui pousse souvent les victimes à ne pas porter plainte et à tenter d'oublier. Mais les dégâts psychiques eux sont présents et mettent souvent des années à être réparés, quand ils le sont. Il est bien entendu arrivé également que des personnes soient accusées de viol ou d'attouchement alors que ce n'était pas vrai, avec parfois des conséquences dramatiques car bien souvent la moindre suspicion est considérée par l'entourage élargi comme une preuve et les accusés se retrouvent marginalisés, perdent leur emploi, subissent parfois un harcèlement moral très fort poussant certain au suicide.

Dans ce cas précis discuter avant tout jugement et sans avoir la totalité des éléments est vain. La presse peut creuser autant qu'elle le souhaite elle n'aura jamais qu'une vision parcellaire de ce qui a pu se passer et des preuves détenues par l'accusation, ce ne sera que lorsqu'elles seront présentées, lors d'un procès, qu'on pourra se faire une idée.

Reste du coup des impressions. Et certaines sont clairement en défaveur de Dominique Strauss-Kahn. Depuis son arrestation plusieurs histoires ressortent, comme les accusations de Tristane Banon, antérieures à l'affaire actuelle, ou encore les propos d'Aurélie Filippetti, députée PS, qui affirmait éviter de se retrouver seule avec DSK. Par ailleurs les infidélités de M. Strauss-Kahn sont de notoriété publique, en particulier depuis son aventure avec une économiste du FMI en 2007. Et d'autres rumeurs encore parcourent les rédactions et font les journalistes s'interroger sur ce qui aurait dû être dit ou non.

Ce qui peut jouer en sa faveur en revanche sont certaines réalités concernant la justice américaine. Si la thèse du complot international est on ne peut plus loufoque, une suite de circonstances malheureuses et bien américaines peuvent elles être, éventuellement, une possibilité à envisager. Il n'est en effet pas rare qu'une personnalité se fasse accuser, parfois à tort d'autres fois à raison, de harcèlement sexuel ou de tentative de viol par des femmes qui y voient l'occasion de toucher le pactole. Dans un système judiciaire où les procédures peuvent souvent se terminer par des négociations et des dédommagements financiers importants pour les victimes présumées, ce sont des choses qui arrivent. De même, le fait de se retrouver face à un jeune procureur, qu'on imagine ambitieux, peut jouer quand on sait qu'aux Etats-Unis ces derniers ne sont pas nommés mais élus (au niveau des villes, c'est différent au niveau fédéral). Le poste de procureur est en effet un tremplin pour briguer par la suite un mandat au Congrès ou au Sénat et dans ce but avoir des personnalités à son tableau de chasse est un atout non négligeable.

Il ne faut néanmoins pas se méprendre, la possibilité que M. Strauss-Kahn ait réellement agressé la femme de ménage est à l'heure actuelle de loin la plus plausible de toutes les théories.

 

 

Publié dans Politique

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