Après la Tunisie, l'Egypte démissionne son dictateur.

Publié le par Erwann

 

h_4_ill_654559_egypte.gif

 

Quatre semaines après le départ de Zine El Abeddine Ben Ali, c'est donc au tour de Mohamed Hosni Moubarak de quitter le pouvoir. En moins d'un mois, deux vendredi qui ont changé la face du sud de la Méditerranée, deux des dirigeants paraissant les plus indéboulonnables du monde arabe ont donc été forcés de partir sous la pression populaire.

Il ne faut pas s'y tromper, ce qui vient de se passer en Egypte en ce 11 février 2011 est historique. Pour l'Égypte avant tout bien entendu puisque pour la première fois de son Histoire multi millénaire le peuple égyptien a enfin un poids sur les choix politiques les concernant. La prise du pouvoir de Nasser avait été un premier grand moment puisque pour la première fois depuis plus de 2000 ans un Égyptien dirigeait de nouveau le pays. En 2011, pour la première fois depuis plus de 5000 ans d'Histoire, les Égyptiens sont en position de se diriger eux-même.

C'est également un moment historique pour l'ensemble du monde arabe car ce basculement peut donner un élan irréversible dans le reste des pays du Maghreb et du Proche-Orient, en démontrant le poids qu'a le peuple quand il n'a plus peur. La Tunisie a montré et ouvert le chemin, l'Égypte donne l'impulsion nécessaire pour que le mouvement se poursuive et prenne de l'ampleur. Le fait que le plus grand pays de la région, stratégique à plus d'un titre, se rebelle risque de donner des ailes aux Algériens, Yéménites, Jordaniens, Palestiniens, et peut-être dans un second temps aux Syriens, Marocains, Saoudiens ou autres Emiratis.

Bien entendu pour l'Égypte rien n'est gagné, bien au contraire, le plus difficile commence. L'armée a pris le relai actuellement. Enfin continue plutôt à tenir le pouvoir entre ses mains, puisque Moubarak mais également ses prédécesseurs, Sadate et Nasser, étaient des militaires. Cette situation correspond à la volonté des Etats-Unis, poussés en ce sens par Israël et les monarchies de la péninsule arabique. Tous, pour des raisons différentes, craignent la mise en place d'un régime démocratique en Égypte. Les Égyptiens feront preuve d'une force incroyable s'ils réussissent à tenir tête à un tel front face à eux.

La force dont ils ont déjà fait preuve en ont surpris beaucoup. Le peuple égyptien est souvent représenté comme un peuple passif, soumis, peut-être un peu lâche, qui n'était pas capable de remettre en cause l'autorité en place. Une réputation qui s'est construite sur 2000 ans de domination étrangère. Et qui est celle qu'avaient jusqu'à présent la majorité des autres peuples arabes. On peut dès lors imaginer quel impact, dans l'imaginaire de ces mêmes peuples, peut avoir la Révolution Égyptienne.

De nombreux médias français ont posé la question depuis quelques semaines du risque islamiste qui peut suivre ces Révolutions. De nombreux intellectuels, plus ou moins recommandables, ont également embrayé sur ce thème. Certains n'hésitant pas à minorer l'importance de ces mouvements, parlant plutôt de révolte. D'autres avaient sans doute en tête le soutien puis la déception qu'ils ont ressenti après la Révolution iranienne, qui a entraîné la chute du Shah en 1979 et a provoqué la mise en place d'une théocratie qui inquiète aujourd'hui (à tort ou à raison) l'ensemble du monde occidental et arabe.

Il faut bien entendu être honnête, en Égypte les Frères Musulmans ont la possibilité de prendre le pouvoir même dans le cadre d'un processus démocratique. Principale force d'opposition actuelle, certainement la mieux organisée de toute, les Frères Musulmans ont déjà réussi à infléchir la politique égyptienne au cours des dernières décennies, transformant l'un des principaux Etats laïcs de la région en pays où la religion devenait de plus en plus prégnante. De plus, leur politique sociale, qui prend le relai des manques flagrants de l'Etat en la matière, lui a permis d'obtenir un large soutien dans les classes sociales les plus défavorisées. Mais si demain le choix des Égyptiens se portait sur les Frères Musulmans, faudrait-il le remettre en cause? La Turquie a démontré à quel point un mouvement islamiste pouvait être pragmatique lorsqu'il se retrouvait au pouvoir.

La simple idée d'un État démocratique en Égypte inquiète au plus haut point Israël bien entendu, qui voit comme une menace la possibilité que les Frères Musulmans puissent se retrouver au pouvoir. Dans ce cas, l'Égypte ayant une frontière commune avec la bande de Gaza, le soutien en faveur du Hamas paraît un fait acquis pour le gouvernement israélien, qui sait également qu'il ne pourrait plus maintenir un blocus efficace sur ce minuscule territoire comme il le faisait jusqu'à présent grâce à l'aide du régime de Moubarak. Un gouvernement démocratique serait obligé de tenir compte des souhaits de son peuple sur ce sujet également, et les Égyptiens voient d'un très mauvais oeil la manière dont sont traités les Gazaouis. Enfin, et ce n'est pas négligeable, Israël ne pourrait plus se présenter comme le seul pays démocratique de la région, ce qui aura nécessairement une influence forte sur son image internationale.

La chute de Moubarak est aussi une inquiétude pour l'ensemble des autres pays arabes. La situation est toujours très tendue au Yémen et il y a fort à parier que la réussite égyptienne risque de doper plus encore les Yéménites qui n'en peuvent plus après 32 ans de dictature d'Ali Abdullah Sameh. Samedi est prévue une manifestation en Algérie, on peut parier que les Algériens se sentiront beaucoup plus forts pour affronter le pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika. Abdallah de Jordanie a tenté d'anticiper en nommant un nouveau gouvernement, ce qui risque de prouver qu'il est en position de faiblesse, même l'Arabie Saoudite et le Koweit commencent à être secoués par des demandes de démocratisation.

En attendant, l'année 2011 sera définitivement celle des peuples arabes, qui auront réussi à démontrer, en réutilisant très majoritairement la non violence qui semblait avoir disparu de la scène internationale depuis Gandhi et Luther King, à quel point le pouvoir peut appartenir aux peuples lorsque ceux-ci n'ont plus peur de leur dirigeants.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article