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Lundi 18 mai 2009



   Ce week-end, la Seine-Saint-Denis a de nouveau été à l'honneur si l'on peut dire. A la Courneuve, commune proche de Paris connue pour sa cité des 4.000 où Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, avait parlé de nettoyer la racaille à coups de Kärcher, des policiers ont été attaqués pendant la nuit, alors qu'ils convoyaient deux gardés à vue. L'attaque de policiers n'est pas quelque chose d'exceptionnel en soit mais la méthode employée est elle beaucoup plus inhabituelle: l'usage d'un fusil automatique, sans doute un AK-47.


   C'est en effet la première fois que ce type d'arme est employé pour s'en prendre à des policiers. Et il faut mettre en avant que c'est le message qu'on voulu faire passer autant le commissaire de la Courneuve que le directeur départemental de la sécurité publique aux différents médias. Dans un département connu pour sa violence (les chiffres de la délinquance en 2008 le plaçaient en tête pour les violences à la personne) il était en effet important de ne pas stigmatiser un peu plus une population qui n'en est pas responsable dans son ensemble.


   Pour autant, il est exact que les attaques contre les policiers se sont multipliés depuis le début de l'année. Et la Seine-Saint-Denis n'est pas le seul département francilien concerné, il reste même plutôt en retrait actuellement. En revanche, on compte des affrontements en Essonne, dans le Val d'Oise et dans les Yvelines, à chaque fois dans des quartiers dits difficiles. Ces incidents vont du caillassage de patrouilles de police à de vrais affrontements, comme à Tremblay-en-France (Seine-Saint-Denis) ou à Villiers le Bel (Val d'Oise).


   D'après une représentante syndicale, la tension entre habitants des quartiers sensibles et forces de l'ordre n'est jamais réellement retombée depuis la fin des émeutes en 2005. Malgré des moyens en augmentation, autant en hommes (700 policiers sont assignés à la Seine-Saint-Denis, des renforts ont été envoyés à la Courneuve après l'attaque de ce week-end) qu'en moyen (les policiers peuvent le cas échéant être armés de fusils à pompe et de pistolets mitrailleurs lors de certaines patrouilles), la violence à l'encontre des forces de l'ordre ne baisse pas.


   Du côté des habitants, on souligne le fait que les contrôles se multiplient, parfois de manière vexatoire (une même patrouille par exemple qui n'hésite pas à contrôler l'identité de jeunes à deux ou trois reprises dans la même journée) n'aide pas à apaiser la tension. De même, le sentiment qu'une véritable chasse aux sans-papiers est organisée, dans des zones où la part de la population étrangère est forte (à la Courneuve 30% de la population n'est pas née en France, 80% a des parents ou grand-parents nés hors de France) est mal vécu et donne l'impression d'un acharnement policier.


   A cela s'ajoute une situation conjoncturelle avec la crise économique qui frappe en général principalement les populations les plus vulnérables. En Seine-Saint-Denis, les conflits sociaux se multiplient, par exemple chez les sous-traitants automobiles travaillant pour l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois, de même que les dépôts de bilan, entraînant une hausse du chômage dans un département qui avait déjà un taux supérieur à la moyenne nationale. De fait, la situation sociale, déjà très tendue au plan national, l'est encore un peu plus en Seine-Saint-Denis mais également dans le Val d'Oise, l'Essonne et certaines zones des Yvelines et du Val-de-Marne.


   Le souvenir des émeutes de 2005 est encore très présent, d'une manière générale. En Seine-Saint-Denis des traces bien réelles étaient encore visibles jusqu'il y a peu, comme cette concession Renault à Aulnay-sous-Bois qui avait flambé, image qui avait fait le tour du Monde, et dont les ruines n'ont été totalement détruites qu'au début de ce mois.


   Reste à savoir si cela peut se reproduire à court ou moyen terme et pour beaucoup d'observateurs cela ne fait aucun doute. La tension est palpable d'une manière générale et un incident un peu inhabituel pourrait parfaitement remettre le feu aux poudres de manière peut-être encore plus violente cette fois. D'une part car l'attaque de ce week-end démontre que des armes gros calibre traînent dans les cités et qu'elles ne sont plus uniquement dans les mains du grand banditisme (sans pour autant généraliser leur présence, bien au contraire), d'autre part car, comme l'ont démontré les incidents de la Gare du Nord (affrontements entre jeunes et policiers), cette fois les émeutes en banlieue pourraient parfaitement déborder dans les centre villes, et en particulier à Paris.


   Il ne manque plus qu'à trouver cette étincelle. Et comme en 2005 elle pourrait venir de Zied et Bouna. La mort de ces deux jeunes garçons et les propos de Nicolas Sarkozy à l'époque (les accusant d'être en train de commettre un vol dans une cabine de chantier, ce qui avait soit-disant déclenché l'intervention de la police, faits totalement infirmés par l'enquête depuis) avaient été le déclencheur. Cette fois ce pourrait être le procès des policiers concernés, ou plutôt l'absence de procès.


   Car il est probable que ce procès n'ait jamais lieu. Selon plusieurs sources bien informées, les poursuites pour non assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d'autrui risquent d'être abandonné et le non lieu prononcé. Il semblerait que le parquet attende le bon moment pour l'annoncer, de manière que cela passe le plus inaperçu possible, de peur que cela n'engendre des réactions identiques à celles qui ont suivies la mort des garçons. A moins que d'ici là un nouveau drame n'en soit la cause.

Par Erwann - Publié dans : Société
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