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Le premier à avoir été touché de plein fouet par la crise
est l'Islande. Ce petit pays perdu au milieu de l'Atlantique nord était jusqu'au début de la crise l'une des places fortes de la finance mondiale et l'un des pays les plus avancés au niveau de la
libéralisation de l'économie. Cette économie était portée par trois ou quatre banques qui étaient très largement impliquées sur le marché financier. Tellement impliquées que lorsque le marché a
commencé à se rétracter les dégâts pour le pays ont été considérables. Aujourd'hui le pays est au bord de la banqueroute, il a été obligé d'emprunter de l'argent à la Russie, aucun autre pays ne
lui venant en aide (en particulier aucun de ses alliés traditionnels, États-Unis et Europe), deux de ses banques ont déposé le bilan et le gouvernement a failli être renversé par un mouvement
populaire, phénomène exceptionnel pour le pays.
Plus près de nous, l'Irlande est elle aussi touchée très
violemment. Présenté ces dernières années comme le Tigre Celte, le pays avait très fortement libéralisé son économie dans les années 80 et 90, abaissant au maximum les taxes pour permettre
l'installation de nombreuses entreprises étrangères, assouplissant totalement le marché du travail pour rendre le pays encore plus attractif, ouvrant ses frontières à l'immigration est-européenne
pour permettre d'abaisser encore les coûts pour les entreprises. Tant que l'économie mondiale marchait tout allait bien: le taux de chômage était limité à 5 ou 6%, le pays connaissait jusqu'en
2007 une croissance annuelle de 6% minimum. L'écart entre riches et pauvres augmentait bien sûr, mais dans l'ensemble l'économie marchait.
Seulement l'Irlande avait préparé sans s'en rendre compte
les conditions pour que la situation se retourne rapidement: depuis le début de la crise les entreprises étrangères quittent le pays, en quête de nouvelles terres encore plus accueillantes (par
exemple Dell qui part s'installer en Pologne, ce qui permet au passage aux travailleurs Polonais immigrés en Irlande de retourner travailler chez eux, formés). Or ces entreprises représentaient
près de 90% des exportations irlandaises et environ les deux tiers de ses dépenses en recherche et développement. En à peine quelques mois la situation s'est totalement inversée: les prévisions
pour 2009 sont catastrophiques, on parle d'une repli de 6% de PIB pour l'année en cours avec un taux de chômage qui devrait atteindre les 12%. Dans le même temps, le gouvernement Irlandais
dispose de peu de moyens pour réagir: déjà basses du fait de la volonté politique de limiter les taxes, les rentrées fiscales en 2008 et 2009 se sont encore limitées avec le départ de ces grandes
entreprises.
Le troisième exemple est sans doute encore meilleur car il
s'agit du modèle préconisé par un certain nombre d'économistes Français, rejoints par de nombreux hommes politiques, de droite comme de gauche. Le Royaume-Uni a en effet été présenté jusque très
récemment comme le modèle à suivre pour devenir une économie moderne, productrice de richesses. Une part non négligeable de la politique actuelle de Nicolas Sarkozy s'inspire d'ailleurs de celle
menée au début des années 80 par le Premier Ministre conservateur Margaret Thatcher (l'autre grand modèle du président étant le républicain Ronald Reagan, président des États-Unis de 1980 à 1988.
On remarquera au passage le décalage de près de 30ans de la politique sarkozienne). La gauche n'est pas en reste puisque la référence jusque très récemment pour Bertrand Delanoë mais également de
Ségolène Royal avait pour nom Tony Blair (Premier Ministre de 1997 à 2007, là encore un certain "retard" dans les idées).
Pendant les premières années de la décennie, l'accent était
mis, dans les médias, sur ces jeunes Français partant travailler à Londres, car il était plus facile d'y trouver un emploi, les taxes étaient moins importantes, l'économie plus vivace.
Le Royaume-Uni avait à peu près tout privatisé, des transports aux télécoms en passant par une bonne part de son système de santé et de son éducation. On avait tendance à oublier les accidents de
train, l'augmentation des prix à partir de la privatisation et que de plus en plus de familles britanniques venaient s'installer en France non seulement pour profiter d'un climat plus
propice mais également de conditions de vie plus intéressantes, surtout au niveau de la santé et de l'éducation.
Depuis le début de la crise, les banques britanniques, qui
représentaient près d'un tiers du PIB du pays, luttent pour ne pas couler, le gouvernement a d'ailleurs fait en sorte d'en sauver plusieurs ces six derniers mois. Le cas de la Royal Bank of
Scotland en est le meilleur exemple. Nombre de Français travaillant à Londres se sont fait licenciés et ont préféré rentrer au pays (pour pouvoir bénéficier d'allocations chômages, quasiment
inexistantes de l'autre côté de la Manche), le chômage explose et le PIB chute dramatiquement, le FMI prévoit une récession plus importante que dans la zone Euro.
Bien entendu la situation est loin d'être réjouissante en France. Le chômage a également fortement augmenté ces trois derniers mois et il est à peu près acquis que l'année 2009 sera une année de récession. Pour autant, le pays s'en sort globalement mieux que ces trois modèles d'économie libérale. De là à dire qu'au final le modèle économique et social Français, que certains souhaitent voir remis en cause, n'était pas si mauvais que ça, il n'y a qu'un pas....