Royal, Sarkozy, même combat

Publié le par Erwann



 

   Deux ans après la campagne présidentielle, le combat continue. Mais il reste au même niveau, de bas étage. Lors d'un récent voyage au Sénégal, Ségolène Royal a, à son tour, prononcé «son» discours de Dakar, dans lequel elle présente ses excuses au nom de la France et des Français pour les propos tenus par le président Sarkozy lors du discours que lui-même avait prononcé dans la capitale sénégalaise en 2007. Les réactions à droite ne se sont bien entendu pas fait attendre, fustigeant cette remise en cause de la position officielle dans un domaine qui est considéré comme étant du domaine des compétences présidentielles.


   Dans son discours, Mme Royal présentait ses excuses au nom de la France pour la vision de l'Afrique et de «l'homme Africain» développée par Nicolas Sarkozy en 2007. En agissant de la sorte la présidente du Poitou-Charentes ne s'y est pas trompé puisqu'elle revenait sur un discours qui avait tout particulièrement choqué en Afrique, considéré comme une résurgence d'une vision très paternaliste et colonialiste, bien loin des promesses faite par le candidat Sarkozy de revoir en profondeur les relations entre le continent africain et la France. Il s'agissait également selon des proches de Ségolène Royal de montrer, présupposition tout à fait exacte au demeurant, que bon nombre de français ne partageaient pas le point de vue présidentiel.


   Pour autant, Ségolène Royal était-elle en situation de parler au nom de la France et des Français et de remettre en cause de la sorte la parole officielle du pays. C'est d'ailleurs précisément sur ce point qu'ont porté les nombreuses attaques venant de la droite, mettant en avant qu'elle n'était pas en droit d'agir de la sorte, qu'elle avait perdu les élections et que par conséquent elle se devait de respecter la position officielle de la France.


   L'un des porte-paroles de l'UMP est allé jusqu'à intégrer ce discours à Dakar dans un ensemble de sorties médiatiques faites par Mme Royal à l'étranger, autant durant la campagne que depuis, mettant en avant qu'à chaque fois cette dernière «ridiculisait un peu plus la France», prenant pour exemple les propos tenues par la responsable socialiste en Chine ou à Washington.


   La moindre des choses est d'admettre qu'il n'a pas tort. Si sur le fond Madame Royal a plus que raison concernant le discours de Dakar du président, il n'en reste pas moins vrai qu'elle n'a pas gagné les élections et ne peut par conséquent pas se mettre en position de porte-parole de pays. Dans le même genre, sa sortie lors de l'investiture de Barack Obama dans laquelle elle prétendait que ce dernier l'avait emporté en se servant des méthodes qu'elle avait elle-même développée lors de sa campagne était totalement ridicule. Elle s'en est rendue compte, trop tard, tentant de faire passer ça pour un train d'humour. Enfin, pendant la campagne présidentielle, aller prétendre que la Chine pouvait servir de modèle était pour le moins maladroit.


   Ségolène Royal a besoin de vivre médiatiquement pour exister. Elle est en campagne pour la prochaine élection présidentielle et croit que sa simple présence régulière dans les médias lui permettra d'assurer sa future position de candidate du PS. Dans les faits elle montre un peu plus chaque jour qu'elle n'a pas perdu sans raison en 2007 et qu'avec Nicolas Sarkozy ils avaient mené la pire campagne de l'Histoire de la 5ème République.


   Pour autant, la France n'a pas eu besoin d'attendre les sorties médiatiques de Ségolène Royal pour être «humiliée» au niveau international, pour reprendre les mots des dirigeants de la droite française. Les nombreuses interventions du président Sarkozy y ont également très largement contribué.


   Que ce soit à travers son propre discours de Dakar, qui donnait une vision de l'Afrique d'un autre temps ou son attitude à géométrie variable vis-à-vis de la Chine à propos du Tibet, pour ne prendre que quelques exemples, le président Sarkozy n'a pas franchement contribué à faire grandir l'image de la France à l'étranger.


   Pire, contrairement à Mme Royal, ses paroles sont suivies d'actes et de décisions qui très souvent vont même à l'encontre des propos et des promesses faites par le candidat Sarkozy. On est bien loin de la diplomatie des Droits de l'Homme qu'il prétendait mettre en place, comme le démontrent son revirement vis-à-vis de la Chine, cas d'école en matière de realpolitik, mais aussi la visite du colonel Khadafi à Paris fin 2007. De même, la fin de la Françafrique prônée lors de la campagne de 2007 ne semble pas pour demain, son discours de Dakar le démontre, le fait que plusieurs présidents africains historiquement proches de la France aient obtenus la tête d'un secrétaire d'Etat français le prouve également.


   La «résolution» du conflit entre la Géorgie et la Russie cet été est un autre exemple de cette façon d'agir sur la scène internationale. Voulant démontrer son efficacité en pleine présidence de l'UE, la France a cherché à obtenir un accord, quel qu'en soit le coût. Au final la guerre s'est arrêtée car la Russie a obtenue ce qu'elle voulait et la Géorgie a pu constater qu'elle n'avait aucun soutien chez ses prétendus amis (UE et Etats-Unis). La Russie de son côté a démontré qu'on ne pouvait pas la faire plier.


   Il va de soit qu'en l'état actuel des relations internationales il est impossible de se mettre à dos la Chine et le «rapprochement» effectué en marge du sommet du G20 était de fait inévitable. Il aurait pu ne pas avoir lieu si Nicolas Sarkozy n'avait pas voulu faire croire qu'il pouvait faire preuve d'indépendance politique en rencontrant le Dalaï Lama. Il a fait de la communication interne en utilisant la politique internationale, sans se préoccuper des conséquences. Ce n'est pas l'attitude que doit avoir un représentant de l'Etat. Encore moins d'un homme qui, au moment de son élection, assurait «qu'(il) ne nous trahirait pas, qu'(il) ne nous mentirait pas».


   Au final, que ce soit de Ségolène Royal ou de Nicolas Sarkozy, l'«humiliation» peut venir des deux côtés sur la scène internationale, les deux finalistes de la dernière élection présidentielle se valent largement sur
ce point. Il paraît qu'un peuple n'a que les dirigeants qu'il mérite...

Publié dans Politique

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