2008, l'année du changement

Publié le par Erwann




 

Les mois de décembre marquent généralement la période des rétrospectives, un dernier coup d'œil sur l'année se terminant avant d'entamer la suivante. Cette année n'y dérogera bien entendu pas, et ce d'autant moins qu'elle présente un caractère assez exceptionnel. La crise économique actuelle n'y est bien entendu pas pour rien. Mais au-delà de ce profond bouleversement de l'économie mondiale, l'année 2008 marquera sans doute un tournant majeur dans l'Histoire mondiale.

La crise économique y est donc pour beaucoup. En quelques semaines, des montages financiers toujours plus complexes, mais aussi toujours plus fragiles, ce sont effondrés, déstabilisant dans un premier temps la sphère financière avant d'atteindre l'économie dite «réelle». Depuis, les grandes économies tentent d'atténuer les effets, de sauver les plus grosses sociétés et de minimiser autant que possible le coût social. Mais cela n'a pas empêché des retournements assez spectaculaires. Dans l'Union Européenne, le Royaume-Uni et l'Irlande, aux économies les plus libéralisées des 27, n'ont pas résisté, passant en quelques mois d'une croissance bien plus élevée que le reste de l'UE à une récession également bien plus prononcée et plus rapide. Les conditions sociales se sont fortement dégradées, les licenciement se sont multipliées encore plus rapidement, réveillant chez nos voisins Britanniques le souvenir des funestes années Tatcher (l'autre grande période d'ultra-libéralisme du Royaume Uni, avec des conséquences désastreuses sur le développement économique du pays).

Mais les victimes de la crise sont à chercher un peu plus au nord également, en Islande. Ce petit pays perdu au milieu de l'Atlantique Nord avait en effet énormément profité du système économique actuel pour s'enrichir via trois ou quatre établissements bancaires qui étaient devenu parmi les plus importants de la planète. La chute des cours a entraîné la mise en faillite de la deuxième banque du pays et la fusion de deux autres. Le pays en entier s'est retrouvé au bord de la banqueroute, obligé d'aller demander de l'aide à ses alliés (Etats-Unis et Europe) qui, faisant face à leurs propres difficultés, n'ont pas répondu aux appels du gouvernement islandais. Ce sera finalement la Russie qui prêtera à l'Islande près de 4milliards d'Euro.

Cependant la Russie ne l'a pas fait simplement pour rendre service à l'Islande, et la contrepartie semble très intéressante: la possibilité d'installer une base militaire sur le territoire islandais. Cette base permettrait à la Russie d'accentuer son contrôle sur les futures voies maritimes que la fonte des banquises arctiques vont prochainement ouvrir. Contrôler l'Islande c'est contrôler toute cette partie du Monde. Le plus ironique est certainement que l'Islande était une des pièces maîtresses de l'encerclement de l'URSS par les Etats-Unis pendant la Guerre Froide.

La Russie fait d'ailleurs un retour en force en ce moment. Après des démonstrations de puissance militaire à l'occasion de divers défilés, le pays est passé aux actes cet été, contre la faible Géorgie. Il ne faut d'ailleurs pas s'y tromper, si les Russes l'avaient souhaité, ils auraient renversé le président géorgien. Leur but n'était cette fois que de contrôler un peu plus la plus rebelle des anciennes républiques soviétiques du Caucase. Et c'est chose faite, rappelant au passage que la Russie est à présent apte à défendre ce qu'elle considère comme son pré carré. Les autres anciens membres de l'URSS l'ont d'ailleurs bien compris, en particulier l'Ukraine, où se trouve l'une des principales bases maritimes russes dont la renégociation doit bientôt se faire, et les pays baltes, nouveaux membres de l'UE et de l'OTAN et qui craignent plus que tout une montée en puissance de la Russie.

Le message était également à destination de l'extérieur et tout le monde l'a saisi: l'UE n'a pas osé réagir si ce n'est à travers des déclarations de principes et un «accord de retrait» qui était tout sauf contraignant pour la Russie, les Etats-Unis pour leur part se sont contentés de condamner l'attaque russe. La Chine quant à elle a compris qu'elle avait trouvé là un allié de poids. Du temps de l'URSS soviétiques et chinois s'opposaient pour le contrôle du bloc communiste, aujourd'hui leurs intérêts sont communs. Résultat, la Chine ne s'est pas privé de faire des déclarations de soutien à l'égard de la Russie durant ce petit conflit. La Russie tient déjà l'Europe, grâce aux exportations de gaz dont l'UE est largement tributaire, elle a montré aux Etats-Unis qu'il faudra compter de nouveau avec elle, un retour à une opposition au sommet des deux superpuissances n'est sans doute pas loin.

L'autre pays qui a profité de cette année est bien entendu la Chine. Le grand moment pour le pays reste bien entendu les Jeux Olympiques de Pékin, qui ont vu la Chine surpasser les Etats-Unis au tableau des médailles, ce qui n'était pas arrivé depuis les JO de Moscou (auxquels les Etats-Unis n'avaient pas participé). Les JO n'ont pas été l'accélérateur d'ouverture escompté et il fallait s'y attendre. Au contraire, la Chine a cadenassé un peu plus les voix discordantes. En revanche ils ont servi de propagande à la Chine au niveau international: domination dans les stades, cérémonie d'ouverture et de clôture hors norme, à bien des égards, il faut le reconnaître, les JO de Pékin de 2008 ressemblaient à ceux de Berlin de 1936.

La Chine en a d'ailleurs rajouté dans la symbolique avec l'envoi dans l'espace d'un nouveau taïkonaute, en septembre dernier, qui a effectué pour la première fois une sortie extra-véhiculaire. La Chine veut prendre part de plus en plus rapidement à la conquête spatiale et rattrape son retard technique à grandes enjambées. Reste à savoir si la Chine fait la même erreur que l'URSS à l'époque, vouloir développer un programme spatial ambitieux mais hors de prix au lieu de stabiliser son économie avec à terme le risque de déstabiliser le régime politique. D'autant que dans le même temps la Chine renforce sa puissance militaire, augmentant chaque année de manière substantielle son budget dédié à la défense, dans le but de combler son retard avec les Etats-Unis.

Mais la principale avancée pour la Chine cette année s'est produite grâce à la crise. En effet, même si cela a ralenti l'activité industrielle du pays, elle a aussi permis d'augmenter son assise politique internationale. Le pays a en effet profité de la situation difficile des Etats-Unis. Pour tenter de relancer leur économie les Etats-Unis ont lancé un plan de financement de 700milliards de dollars. Or le pays étant déjà très fortement endetté, la seule solution pour le gouvernement a été d'imprimer des bons du Trésor (qui permettent de financer la dette), bons que la banque centrale chinoise a acheté en grande quantité. Aujourd'hui la Chine est le premier pays possesseur de bons du Trésor américain, à tel point que, si le gouvernement chinois le souhaite, il peut faire couler l'économie américaine. Il ne le fera bien entendu jamais, les économies chinoises et américaines étant aujourd'hui trop imbriquées, mais les Etats-Unis sont aujourd'hui très largement débiteurs à l'égard de la Chine, du fait de ces bons du Trésor, et l'on peut imaginer le poids que cela donne à l'Empire du Milieu lors de négociations bilatérales.

L'événement politique de l'année, et même de la décennie, voire plus, s'est lui produit aux Etats-Unis avec l'élection de Barack Obama. Il est inutile de redire à quel point cette élection est exceptionnelle, elle a été largement commentée par tous les médias du monde et le sera de nouveau le 20janvier prochain lors de sa prise de fonction. Mais elle traduit malgré tout une évolution majeure de la mentalité américaine lors de ces quatre derniers années, qui a vu le pays accepter d'être dirigé par un homme de couleur qui défend des idées en partie classées là-bas comme étant socialistes. Et la révolution intellectuelle se situe sans doute plus à ce niveau d'ailleurs. La question qui restera longtemps sera de savoir si Barack Obama l'aurait emporté sans la crise économique qui s'est déclenchée dans les dernières semaines de campagne, et il est possible que non car John McCain était en train de combler son retard de très belle manière. Mais les événements sont arrivés à point nommé pour donner un peu plus de force au discours du sénateur de l'Illinois rendant ainsi possible cette élection en tout point historique.

Le plus surprenant concernant cette année 2008 est que les principaux événements qui l'ont secoué se sont déroulés à partir du mois de juillet. En quelques mois la planète a présenté un visage totalement différent et semble entrer dans une nouvelle phase historique. Pour les historiens les siècles ne débutent pas à des dates précises mais plutôt lorsque se produit un événement marquant ayant pour conséquence de chambouler durablement l'organisation sociale et les relations mondiales. On a tendance à considérer que le XXème siècle a réellement débuté lors de la Grande Guerre. On pensait que le XXIème siècle était né avec les attentats du 11septembre. Il est finalement possible qu'il ait au final vu le jour cette année. L'avenir nous le dira.

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