Et Pendant ce temps, à gauche...

Publié le par Erwann




Décidément, l’actualité n’est guère réjouissante ces derniers jours. Rien qu’aujourd’hui, un petit tour sur le site du Monde faisait froid dans le dos : entre chute ininterrompue des bourses mondiales, augmentation du chômage, un déficit budgétaire sans précédent, des émissions de CO2 au-dessus des prévisions ou encore les produits laitiers chinois retirés de la vente car nocifs, il y avait de quoi broyer du noir. Et encore, la liste n’est pas exhaustive.

Mais heureusement, au milieu de tout ça, il existe une petite entité qui semble n’être affectée par rien. Ou plutôt qui ne semble affectée que par ce qui la concerne. Dans ce petit monde tout le monde veut être chef. Et ils sont tellement concentrés là-dessus qu’on ne les entend sur rien d’autre. Et lorsqu’ils parlent, c’est le plus souvent de manière inaudible. Le pire, c’est que pourtant tout le monde attend d’eux qu’ils parlent. Il faut dire que c’est censé être leur rôle, étant donné qu’ils sont l’Opposition.

Oui, car il s’agit bien du Parti Socialiste. En pleine reconstruction depuis sa défaite de 2002, le PS n’a toujours pas réussi à s’en remettre. Il se cherche une ligne directrice, tente de se retrouver une idéologie et surtout une personnalité qui puisse le mener à la victoire. Le problème étant qu’il n’en a pas. A l’heure actuelle aucun des prétendants n’est incontournable, pire, aucun ne fait l’unanimité, ni dans le parti ni en dehors. Alors ils se tirent tous dans les pattes.

Les luttes d’influence sont telles que peu à peu le PS se détache des préoccupations des électeurs, s’éloigne même de sa base électorale. Il est incapable de profiter d’un contexte politique qui lui est extrêmement favorable. Tellement favorable que, sans aucun effort, il a pu remporter toutes les élections locales de ces dernières années, profitant de la défiance vis-à-vis de Jacques Chirac et des gouvernements Raffarin et Villepin dans un premier temps, de celle vis-à-vis de Nicolas Sarkozy et sa politique lors des dernières municipales.

Mais lors des principales élections, législatives comme présidentielles, le manque de personnalité et d’idéologie de la gauche s’est soldée par une défaite. Et le pire, c’est que la défaite est considérée comme acceptable. Il suffit pour cela de se remémorer le comportement de Ségolène Royal lors des dernières présidentielles : coincée, mal à l’aise, peu à son avantage lors de la campagne, souriante et détendue lors de l’officialisation de sa défaite. Car pour elle, ces élections présidentielles n’étaient pas une fin en soi mais un tremplin pour prendre ensuite la tête du parti. Ou quand l’intérêt personnel passe avant l’intérêt général de son camp.

Mais à ce niveau elle est loin d’être la seule, Dominique Strauss Kahn profite de son « exil » au FMI pour tenter de se refaire une virginité politique au niveau national et une légitimité au niveau du PS, Bertrand Delanoë a de son côté préféré passer son tour lors des dernières présidentielles, sachant parfaitement qu’une défaire risquait d’entamer son crédit à l’intérieur du parti, et du même coup ses chances d’en prendre le contrôle.

Au-delà de l’absence de personnalité marquante au PS, il existe une autre constante depuis 2002, qui se situe sur le terrain de l’idéologie. Lors des présidentielles qui avaient vu l’élimination au premier tour de Lionel Jospin celui-ci avait mis en avant lors de la campagne le fait de ne pas être le candidat de la gauche, espérant ainsi attirer à lui des électeurs du centre. Cette tendance se retrouve depuis, au point que la question d’une alliance Royal-Bayrou a été fortement discutée et envisagée (tout du moins par les médias) lors des présidentielles de 2007.

En agissant de la sorte et en tentant d’avoir une approche social-démocrate à l’anglaise, le Parti Socialiste s’est peu à peu coupée d’une partie de sa base qui s’est tournée vers les petits partis d’extrême-gauche, entre autres. Cela a été particulièrement visible en 2002, au point de pousser les dirigeants socialistes à sous –entendre que la défaite était due à l’absence de vote utile.

En bientôt six années de reconstruction le Parti Socialiste ne s’est jamais posée les questions de sa défaite, du moins publiquement. Si débat sur la question il y a eu, il est resté confidentiel. Jamais ou presque un des « éléphants », comme on les surnomme, n’est venu admettre que le PS était le premier responsable de sa défaite.

L’absence de clarté dans la ligne idéologique du parti en est en effet la cause. L’assurance que la base électorale leur était assurée leur a fait perdre de vue qu’il était nécessaire, pour cela, de rappeler à ladite base ce qu’elle souhaite entendre. En tenant un discours qui avait pour but de « draguer » l’électorat centriste, le PS a mis le doute dans l’esprit d’une partie de sa base, qui a préféré se tourner vers des partis parlant des idées qui semblaient mieux coller à leurs préoccupations.

Aujourd’hui le PS pense, du moins selon Ségolène Royal et Bertrand Delanoë, que la solution se trouve donc dans un rapprochement avec l’idéologie développée par le New Labour britannique, oubliant au passage que cette idéologie, vieille de 15ans, séduit de moins en moins Outre-Manche, mais surtout qu’elle correspondait à un besoin spécifique au Royaume Uni après des années de Thatchérisme qui avait mis l’économie du pays et le service public dans un état déplorable. Tony Blair se devait donc de proposer une alternative qui ne puisse froisser les mentalités anglo-saxonnes. Cette approche ne pourrait s’adapter à la France.

La seule solution pour le PS de gagner à nouveau serait de se retourner vers son idéologie d’origine et de se positionner comme étant clairement un parti de gauche. Le contexte économique actuel démontre à quel point de capitalisme libéral a atteint ses limites et qu’il est important, pour la pérennité des économies ainsi que pour le bien-être de la majorité, de proposer une alternative. C’est le genre de réflexion de devrait mener le Parti Socialiste, qui devrait également se pencher sur la victoire de Nicolas Sarkozy en 2007.

Ce dernier n’a en effet pas hésité à reprendre des thèmes qui étaient chers à la droite, mettant de côté cette tournure socio-libérale qui était la cause des défaites de la droite dans les années 80 et 90. Il a recentré l’UMP sur une idéologie de droite, défendant l’économie de marché, préconisant l’autorégulation, étant favorable à une moindre implication de l’Etat dans l’économie, parlant sécurité et même nationalisme. En un mot il a parlé droite. Et c’est ce que les électeurs de droite attendaient de lui, la meilleure preuve en est l’affaiblissement du Front National.

Le PS doit en faire autant et réaffirmer son attachement à gauche avant de chercher à élargir son électorat. Le contexte national (tout comme l’international) est favorable à ce repositionnement. Mais la génération dirigeante semble l’être moins, trop enfermée dans l’idée que le succès ne peut venir que du centre-droit. Pourtant cette génération a failli. Elle n’a pas été capable de s’organiser, aucune personnalité ne s’en est détachée, contrairement à ce qui s’est produit à droite. Il est donc peut-être temps qu’elle laisse la place.

Une des « étoiles montantes » du Parti Socialiste semble en tout cas le penser. Benoît Hamon a en effet décidé de se présenter au poste de Premier Secrétaire, mettant en avant qu’il ne fallait pas qu’une génération confisque le parti. Sa motion (le programme interne du PS en quelque sorte) se positionne à gauche. Peut-être tient-il les clés du succès, si ce n’est pas cette fois du moins à moyen terme. Pour l’avenir du Parti Socialiste ce serait très certainement souhaitable, s’il ne veut pas devenir le parti des pouvoirs locaux.

Publié dans Politique

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