Elections municipales et cantonales

Publié le par Erwann


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« Il serait malvenu d’y voir un vote sanction envers la droite et le Gouvernement ». Telle est l’idée avancée par François Fillon. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il a parfaitement raison. Quel que soit le nombre de villes remportées par la gauche lors de ces municipales, quelque soit le nombre de départements basculant vers le PS au cours des cantonales, il n’en reste pas moins vrai que les élections qu’il fallait remporter étaient celles de l’année dernière, les présidentielles et les législatives.
Cependant il semble bien que ces élections de 2008 auront un impact au niveau national. Sans doute pas concernant la politique du gouvernement (il y a peu de chance, le discours du Premier Ministre le démontre), mais plus dans le rapport de force.
La gauche est en train de devenir une force politique locale. Elle gère déjà quasiment toutes les régions, à l’exception de l’Alsace et de la Corse, elle va contrôler à présent une majorité de départements (c’était l’enjeu des cantonales) ainsi qu’une majorité de mairies. De ce fait elle risque, pour la première fois dans l’Histoire de France, de prendre le contrôle du Sénat, dont les élections se font au suffrage indirect (les élus locaux élisent les sénateurs). Cela risque de redonner un peu de poids aux socialistes et à leurs alliés au niveau national.
Alors bien sûr les principaux représentants du PS, Ségolène Royal en tête, tentent déjà de donner une dimension nationale à ces élections, essayent de donner l’impression qu’il s’agit d’un vote sanction. C’est mettre très rapidement de côté l’importance des questions locales dans ces élections. De nombreux sondages l’ont montré, pour les ¾ des électeurs ce sont ces sujets locaux qui ont fait la différence. La gauche tente d’obtenir une victoire qui n’a pas lieu d’être, et ses « Eléphants » tentent pour leur part de prendre les rennes du PS. S’ils reprochent, sans doute en partie à raison, l’UMP de ne pas faire les bonnes réformes et d’être détachés du peuple, il n’y a aucun doute quant au fait qu’ils ne valent pas mieux. Le plus dommageable étant qu’ils vont donner encore plus raison aux 35% de ceux qui ne sont pas allés votés, démontrant que les politiciens pensent avant tout à eux.
Cette soirée électorale était très amusante grâce aux journalistes en tout cas, en particulier le duo de France 2. « un petit sondage, faut-il accélérer le rythme des réformes », réponse en cœur des politiciens présents, de tout bord : « mais quelles réformes ? quelle valeur à votre sondage s’il n’y a pas de précision ? ». et puis cette volonté de vouloir faire parler les Eléphants sur leur « avenir personnel ».
Maintenant au-delà des discours il est certain qu’il est intéressant de se pencher sur le résultat. Il y a à la marge une volonté d’envoyer ce célèbre « message » au gouvernement. Il y a surtout une volonté de rétablir une forme d’équilibre des pouvoirs. Il y a un risque également pour la gauche : donner le sentiment qu’ils ne sont qu’une force locale, mais plus aptes à gouverner, et si c’est une tendance qui se confirme il est plus que certain que pour la droit c’est une défaite positive.
L’autre intérêt est de voir que petit à petit le MoDem est en train de glisser lentement mais sûrement vers le centre-gauche, laissant au Nouveau Centre (allié de l’UMP et issu de l’UDF) la place au centre-droit. En effet apparemment les électeurs du MoDem se sont majoritairement reportés sur les candidats de gauche lorsque leurs poulains n’étaient plus en course. Avec un PS qui se veut de plus en plus social-démocrate, façon PDS allemand ou Labour britannique, il risque d’y avoir tôt ou tard télescopage. Reste à savoir lequel l’emporterait, et la question est légitime cas le plus petit ne se ferait pas forcément phagocyter.
L’évènement majeur en tout cas se situe dans l’esprit très « volage » de l’électorat, qui, à dix mois d’intervalle, donne une majorité confortable à une force politique avant de donner la victoire à une autre. Prochain round aux élections européennes, qui sont le plus souvent peu suivies en France.
En attendant la gauche se retrouve de nouveau sous perfusion grâce à cette victoire. Comme lors des régionales, ou des européennes précédentes. En fait depuis 2002 la gauche ne gagne que les scrutins « secondaires ». Mais grâce à ces victoires le PS évite la remise en cause, pourtant plus que nécessaire, qui aurait du suivre la claque de la défaite de Lionel Jospin au premier tour des présidentielles 2002. Et une fois de plus le PS sera plus occupé à luttes internes que dans une volonté de réforme ou d’affirmation d’un vrai programme alternatif.
Faut-il s’attendre à des changements profonds de la part du gouvernement dans les prochaines semaines ou les prochains mois ? il y a peu de chance. Tout d’abord étant donné le nombre de réformes engagées par le gouvernement il est trop tôt pour en voir les effets éventuels, donc trop tôt pour l’UMP de fructifier sur les résultats. Du coup on peut fortement imaginer que la direction du partie s’attendait à cette défaite, et que la politique du gouvernement était prévue en tenant compte de cela. Ensuite, une fois de plus, Nicolas Sarkozy a encore 4ans devant lui, et les élections qu’il se doit de gagner seront les prochaines présidentielles ainsi que les prochaines législatives, c’est à ce moment-là qu’il devra présenter son bilan, et pas avant. Enfin la politique gouvernementale est une vraie politique de droite, et non pas de centre-droit comme dans les précédents gouvernements RPR-UDF ou UMP-UDF, il n’y a pas de raison que cela évolue puisque l’électorat de droite est resté majoritairement fidèle à leur parti.
Remporter les municipales et les cantonales n’est pas une revanche de la défaite des présidentielles et des législatives, il faut bien que la gauche s’en rende compte. Il serait de bon ton de leur part de faire preuve de modestie et surtout d’éviter de présenter cela comme une victoire nationale, auquel cas le PS prouvera définitivement qu’il n’est pas une force de proposition valable, et à terme disparaîtra.

Publié dans Politique

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