La Nouvelle Guerre de 100 Ans - Partie 1

Publié le par Erwann

palestineromaine01.jpg
          Par Souci de continuité je reprends ici un des premiers articles que j'avais publié, il y a un peu plus d'un an, concernant le conflit Israëlo-Palestinien. Le contexte étant légèrement différent les paragraphes d'introduction ont été supprimé mais le fond de l'article reste le même. Je compte assez rapidement enchaîner sur la suite pour essayer de donner a vision la plus globale possible sur l'un des éléments les plus perturbateurs de la sacro-sainte sécurité du Monde, si chère à nos amis d'outre-Atlantique.
 
 

   Je commence aujourd'hui une série d'article sur le conflit au Proche-Orient. Cette série d'articles était prévue, car il s'agit d'un sujet qui m'intéresse énormément, pour ne pas dire qu'il me tient à coeur, et sur lequel il y a énormément de choses à dire. Au-delà des faits eux-mêmes, c'est la nature même de ce conflit qui le rend atypique. De par ses protagonistes d'abord, du fait des passions qu'il déchaîne ensuite. C'est en effet l'un des très rares conflits qui ne laisse quasiment personne insensible, qui incite à prendre position, d'un côté ou de l'autre, qui créé des polémiques bien en dehors des peuples concernés. Cela va dans certains cas jusqu'à une identification à l'un ou l'autre des bords. Mais son côté très particulier va bien plus loin que ces simples points.

   On peut dire que la date "officielle" du début de ce conflit est la création d'Israël, en 1948. En effet, dès sa création les pays arabes frontaliers l'ont attaqué, ayant déjà le sentiment que leurs "frères" Palestiniens étaient lésés de leurs terres. Cette première guerre aura d'énormes conséquences. Il va d'une part créer le mythe de l'état Israëlien invincible et assiégé, va lui permettre de se doter d'une identité propre qui dépasse le cadre de sa simple judaité et de l'Holocauste pour se fixer sur ce besoin et cette capacité à survivre dans un environnement hostile. Du côté arabe il va poser la première pierre du ressentiment envers les Israëliens, mais aussi de ce complexe d'infériorité qui par la suite ne fera que grandir. Dans les faits cependant le conflit commence bien plus tôt, au moins une vingtaine d'années avant, durant l'entre deux guerres, à une époque où les britanniques, alors puissance tutélaire de la Palestine, vont inciter les populations juives d'Europe à se rendre en Terre Sainte pour y vivre, à une époque aussi où l'idéologie sioniste, née durant la fin du XIXème, va prendre petit à petit de l'importance. Très vite en effet la population juive de Palestine, qui augmente du fait de l'immigration, va s'organiser et commencer un travail de sape de l'autorité coloniale d'une part, à l'encontre des populations autochtones arabes de l'autre, n'hésitant pas a employer les attentats et assassinats pour destabiliser l'une et faire fuir les autres. Ces groupes terroristes deviendront très puissants, tel le groupe Stern ou la Haganah, feront partir les britanniques, via entre autres l'attentat contre l'hôtel King David, QG de l'armée anglaise, qui fera des dizaines de victimes, arabes, juives et bien sûr britanniques. Il serviront par la suite de base à la création de l'armée israëlienne, Tsahal.

   La nature de ce conflit est donc, comme je le disais plus haut, très particulière. L'une des raisons est qu'elle oppose une population vivant sur place depuis des générations à une autre qui vient s'y installer tout en faisant valoir ses droits ancestraux sur ces terres. Car, et c'est là encore l'une de ses particularités, cette guerre prend racine quasiment aux origines de l'Histoire, tout du moins au début de notre ère. A cette époque la Judée et la Samarie sont des provinces de l'immense empire Romain. Mais ce sont des provinces difficiles à tenir. pour ceux qui ont vu La Passion du Christ il y a ce moment où Ponce Pilate dit à sa femme qu'il ne peut se permettre une nouvelle insurrection car cela l'enverrait directement au cirque Maxime "pour servir d'appéritif aux lions" comme dirait Jules César dans Astérix. La situation est effectivement celle-ci. La Population locale est très difficile à contrôler pour les troupes romaines stationnées dans ces provinces, les insurrections ne sont pas rares, au moindre prétexte, et les Juifs ne manquent pas une occasion de rendre la vie difficile aux Romains. Jusqu'à ce que, excédée, l'autorité romaine finisse par détruire le Temple de Salomon (qui avait déjà été détruit une première fois quelques siècles plus tôt par les Babyloniens), et disperser la population aux quatre coins de l'Empire. C'est ce qu'on appellera la Diaspora et qui sera l'un des éléments les plus importants de l'identité juive dans les siècles futurs.

   Une autre des caractéristiques est l'importance toute particulière de ce petit coin de terre, plus petit que la Belgique, quasiment dépourvu de matières premières, mais que les hommes de toutes les époques se sont disputés. C'est en effet le siège commun d'un lieu saint extrêmement important pour les trois principales religions monothéistes que sont le Judaïsme, le Christianisme et l'Islam, dans leur ordre d'apparition. Jérusalem est en effet le lieu où se trouve le Mur des Lamentations, dernier vestige du Temple de Salomon, où se trouvait l'Arche de l'Alliance contenant les Commandements remis par Dieu à Moïse sur le Mont Sinaï. A quelques dizaines de kilomètres de là se trouve la ville d'Hébron, avec le Tombeau des Patriarches, autre grand lieu saint Juif, mais qui a aussi une importance pour les Musulmans. Pour les Chrétiens c'est quasiment toute la Palestine qui a de l'importance, entre le Jourdain, lieu de baptême du Christ,ou  le Lac de Tibériade, où il accomplira certains de ses miracles, pour ne citer que ces lieux. mais les deux hauts lieux de la Chrétienté, en dehors de Saint-Pierre de Rome, sont bien entendu Bethléem, la ville de naissance de Jésus, et Jérusalem, lieu de sa Passion et surtout de son tombeau. Pour les Musulmans enfin, Jérusalem est la troisième ville sainte de leur religion, après La Mecque et Médine. C'est en effet à Jérusalem que Mohammed prend appui sur un rocher, selon les versions de lui-même ou juché sur un âne, pour monter au Ciel. Ce rocher se trouve sur l'Esplanade des Mosquées, lui-même en surplomb du Mur des Lamentations, à l'intérieur du célèbre Dôme du Rocher, devenu symbole de Jérusalem avec sa coupole dorée. Il s'agit donc, pour toutes ces raisons, d'un lieu chargé d'une symbolique que l'on ne retrouve nul part ailleurs, et que chaque religion a souhaité posséder de tout temps.

   Historiquement la religion Juive est la première implantée. Comme on peut le lire dans l'Ancien Testament cette Terre Sainte est la récompense du peuple élu pour son amour envers Dieu. Mais il doit prouver cet amour. Et c'est ainsi que le peuple élu traverse de multiples épreuves, les premières personnelles, comme lorsque Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils avant de l'échanger au dernier moment contre un mouton, puis collectives à mesure que le peuple grandit, tel que le séjour en Egypte des Juifs et leur fuite à travers le désert du Sinaï. Lorsqu'ils y arriveront enfin ils devront réussir à se faire une place en chassant les Cannanéens, habitants de la Palestine à ce moment là. Par la suite, du fait de la position stratégique de ce territoire, seule liaison terrestre entre l'Egypte et le Proche-Orient Ancien, il sera convoité, attaqué, occupé, par les Egyptiens, les Babyloniens, les Perses, les Grecs et les Romains donc. Les Romains ne seront d'ailleurs pas les seuls à chasser les Juifs de leurs terres, puisque les Babyloniens, lorsqu'ils détruiront eux aussi le Temple de Salomon, emmèneront tous les Juifs à Babylone, ceux-ci retournant par la suite sur leurs terres. Mais ce passage par la Babylonie aura pour conséquence de laisser une forte communauté juive en Iran et Irak actuel, jusque très récemment.

   C'est donc sous les Romains que la religion Chrétienne apparaît. L'enseignement de Jésus dépassera le cadre des Apôtres, sans pour autant prendre dans un premier temps une importance énorme. S'il est clair que les Juifs ne sont pas un peuple Déicide comme le Catholicisme l'a longtemps enseigné à ses adeptes, il y a fort à parier qu'au moins une partie de la hiérarchie écclésiastique en soit responsable. En effet, à leurs yeux il est presque certain que Jésus était un faux Messie, qui détournait de la religion un certain nombre de fidèles. Dans le contexte de l'Antiquité, quel autre châtiment que la mort pour une faux Messie?

   La particularité de la religion Musulmane dans cette région est qu'il s'agit d'une religion "importée". En effet, à la mort de Mohammed ses successeurs continuent sa politique de développement de l'Islam et d'extension de l'empire musulman alors naissant. C'est ce qu'on appelle le Djihad, le vrai, pas celui des islamistes d'aujourd'hui. A l'origine le Djihad est la guerre de conversion menée par les Arabes et qui les feront créer un empire qui s'étendra de l'Espagne aux frontières de l'Inde. Dans les faits la guerre est un guerre d'invasion. Les Arabes profitent de l'effondrement de l'Empire Romain d'Occident sous les coups de boutoir des Germains ainsi que de l'affaiblissement de l'Empire Romain d'Orient, ou Empire Bizantin, pour conquérir une grande partie du bassin méditerranéen. Si les conquérants n'ont jamais imposé leur religion aux conquis il est en revanche clair que ceux-ci l'ont adopté assez rapidement dans le siècle suivant leur invasion. C'est d'ailleurs la religion qui deviendra le lien le plus fort entre les populations d'Al-Andalus, les Berbères Maghrébens, les Arabes du Proche-Orient, les Perses et les Peuples d'Asie Centrale.

Publié dans Histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article