Le rugby face à sa popularité

Publié le par Erwann


               Depuis le début du mois la France du rugby vit enfin SA Coupe du Monde, chez elle, avec comme objectif ultime de réaliser la même performance que les footballeurs en 1998 et de remporter enfin ce trophée majeur, chez eux.

                Il s’agit de la première Coupe du Monde en France de l’ère professionnelle, et le moins que l’on puisse dire c’est que la FFR et la Ligue auront tout fait pour en faire un évènement de première importance et pour tenter de créer le même engouement autour de son équipe qu’autour de l’équipe de France de football. Les parallèles en ce sens sont d’ailleurs nombreux, à l’exception d’un : en 1998 les footballeurs ont créé cet engouement par leurs performances sur le terrain, or les rugbymen, en perdant face à l’Argentine et en ne battant (certes largement) que les modestes Namibiens, n’y sont pas encore.

                Si le rugby est loin d’être l’égal du football en France (et dans le Monde) de par sa notoriété, il faut bien admettre que depuis quelques années c’est le sport collectif « tendance », loin devant le basket qui pourrait revendiquer ce titre de par son environnement, mais qui n’a jamais su capitaliser.

                Le rugby, depuis 10ans, a réussi un savant mélange de tradition et de modernité qui a suivi son mouvement de professionnalisation et qui l’a permis de passer du statut de sport régional, à celui de relatif sport national. Mais cela reste illusoire pour le moment, la pratique générale du rugby restant encore en grande partie cantonnée au-dessous d’une ligne Bordeaux-Toulouse-Perpignan, dans son berceau originel. Si le phénomène commence à toucher quelques grandes villes (en particulier Paris, via l’importante diaspora du Sud-Ouest), dans une bonne part du pays l’intérêt retombera après la Coupe du Monde à moins d’une victoire française, et c’est tout l’enjeu pour la FFR.

                Le rugby est un sport assez particulier, principalement anglo-saxon (la France n’a été dans un premier temps que toléré dans le Tournoi des 5 Nations, l’Italie acceptée pour sortir de ce carcan Britannique), si ce n’est quasiment exclusivement. A l’exception de la France, et dans une moindre mesure de l’Argentine, toutes les nations du Rugby sont anglo-saxonnes ou celtes, au Nord comme au Sud. Et cette Coupe du Monde présente un visage assez inhabituel pour un amateur de sport avec des équipes de niveau plus que moyen, souvent amateurs, présentes plus pour faire le nombre qu’autre chose. A titre de comparaison le dernier France-Namibie pourrait être comparé à un France-Népal en Coupe du Monde de Football, c’est dire. Mais pour l’IRB le fait de faire participer de petites nations à la Coupe du Monde a pour but de populariser son sport dans ces pays, ce qui est plus que défendable, et à vrai dire on voit difficilement un autre moyen de lui faire gagner en notoriété dans le Monde.

                Il a toujours existé une opposition entre le football et le rugby, l’un sport populaire dès sa création, pratiquée par les ouvriers anglais qui l’ont ensuite disséminé dans le Monde entier, l’autre est un « sport de voyous pratiqués par des gentlemen », le moyen pour les classes moyennes et supérieures d’avoir leur sport sans pour autant se mêler à la « populace ». De fait, le style de pratique est totalement différent, et le football a toujours eu une mauvaise réputation, de sport où la contestation est permanente, où les règles ne sont pas toujours respectées, où les travers sont nombreux (et, surtout aujourd’hui, souvent justifiés), par opposition au rugby, sport violent certes, mais pratiqué dans le respect de l’adversaire et de l’arbitre, où le fair-play est l’élément cardinal.

                Mais le rugby évolue, et en passant au statut professionnel, il est aussi passé dans l’ère du sport business, avec ce que ça implique en déviances, qui commencent à apparaître et qui vont être de plus en plus nombreuses.

                Cependant, pour l’instant le rugby joue sur son image propre pour gagner en notoriété, principalement dans les classes moyennes qui aiment ce sport pour son ambiance bonne enfant, ce respect des règles et donc ce fair play, si britannique au bout du compte.

                Mais des raisons moins avouables peuvent expliquer cette affection pour ce sport. Une raison qui échappe totalement au contrôle des instances Fédérales, mais qui n’est sûrement pas étrangère.

                Pour mieux la comprendre il est intéressant de s’intéresser à quelques exemples extrêmes que l’on retrouve dans le Monde. Et le meilleur dans ce sens est l’Afrique du Sud qui, à la fin de l’Apartheid a pu de nouveau participer aux compétitions sportives. Et là est apparu une division très intéressante dans ce pays où les cultures africaines et européennes ont toujours été soigneusement séparées : l’équipe de rugby était quasiment exclusivement blanche tandis que celle de football était en grande partie noire. Cela est apparu tout aussi surprenant lors de France-Namibie, avec une équipe de Namibie à 90% blanche pour un pays où la population est majoritairement noire.

                Au-delà de l’élément ethnique, qui est bien entendu à prendre tout de même en compte, c’est la donnée sociale qui est importante, car le rugby, sport de l’élite dans sa conception, n’était pas ouvert aux pauvres, qui sont majoritairement Noirs dans ces deux pays.

                Ramené à la France, un autre élément est à prendre en compte : le fait que le rugby soit précisément un sport régional, dont la pratique est extrêmement développée dans des régions qui ne sont pas le plus touchées par l’immigration, de fait le mélange ethnique ne se fait pas. En comparaison, l’équipe de France de football est elle en grande majorité issue des cités, et donc par extension de ce qu’on appelle les minorités. Car en France aussi l’élément ethnique est à mettre en parallèle avec l’élément social. Les plus pauvres en France pratiquent le football, parce qu’il n’y a pas besoin de terrain pour jouer, il suffit d’avoir un ballon, même complètement détruit, et de quoi faire des buts. Dans un second temps ils pratiqueront le basket, parce que ça correspond à la culture de la rue. Mais pas le rugby, sport de tradition, donc qui n’est pas le leur. Et voilà comment on se retrouve avec une équipe de France de football (et de basket) trop colorée au goût de certain (cf Georges Frêche).

                Mais cet avis est assez largement partagé. Pas par racisme, pas par mimétisme même, mais tout simplement par identification. Aussi idiot que cela puisse paraître, la majorité de la population (blanche et assez traditionaliste) ne se reconnaît plus trop dans cette équipe de France d’origines aussi diverses et qui écoute du Hip Hop. Et préfère se retourner vers des petits gars bien de chez nous, en qui ils peuvent se reconnaître, car plus proches de ce qu’ils sont eux-mêmes. Et voilà comment on se retrouve avec un engouement pour le rugby, sport du terroir (presque), pratiqué par des sportifs que le français moyen pourrait presque avoir dans sa famille.

                La popularité grandissante du rugby n’est bien entendue pas exclusivement basée là-dessus, un certain nombre d’adeptes le sont pour le sport en lui-même, pour l’ambiance aussi comme dit plus haut, pour les joueurs dans le cas de certaines (assez nombreuses aussi d’ailleurs), mais on aurait tort d’en minimiser l’importance pour autant.

Publié dans Société

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