La Guerre d'Afghanistan

Publié le par Erwann


                 La guerre en Afghanistan est largement passée au second plan depuis qu’a débuté celle d’Irak. Elle ne s’est pourtant pas arrêtée, loin de là. En effet, depuis plusieurs mois les Talibans organisent des séries d’attaques dans le but de déstabiliser simultanément la coalition internationale et le gouvernement Afghan. Parallèlement une offensive de plus en plus importante est menée dans le sud-est du pays à partir de la zone tribale située au Pakistan voisin et avec pour conséquence le passage sous contrôle Taliban de plusieurs provinces de cette région. Dans les faits, la coalition et le gouvernement Afghan ne contrôlent réellement que les villes et en particulier Kaboul.

                De nombreuses contre-attaques sont lancées par les Américains dans la zone frontalière Afghane, où est d’ailleurs censé se cacher Ousama Ben Laden, mais les succès sont plus que minimes. Dans les faits, la situation devient de plus en plus intenable dans un pays où le gouvernement est considéré comme une marionnette au service de la puissance occupante. Ce sentiment de plus en plus partagé par la population Afghane, toutes ethnies confondues, est l’une des principales forces des Talibans, qui deviennent ainsi le mouvement de résistance contre l’occupation américaine, comme l’étaient les Moudjahiddines lors de l’occupation Soviétique dans les années 80.

                Il est d’ailleurs extrêmement intéressant de voir à quel point les deux périodes de guerre présentent des similitudes dans leur déroulement.

                L’Afghanistan est un pays qui s’est construit sur la guerre. Au XIXème siècle déjà il s’agissait d’une zone tampon entre l’Empire Russe au nord et l’Empire Britannique au sud. Le premier souhaitait s’ouvrir une entrée vers le sud et atteindre l’Océan Indien, ce que souhaitait empêcher le second à tout prix, pour ne pas perdre la mainmise qu’il avait sur cette région du monde. Les frontières de l’Afghanistan furent tracées à travers des négociations entre Britanniques et Russes, sans tenir compte des Afghans, constituant pourtant un Etat monarchique très structuré. Par la suite, l’Afghanistan deviendra allié des Anglais, sachant qu’il craignait moins de ces derniers que des visées Russes.

                Malgré tout, le XIXème siècle est marquée par deux invasions anglaises qui se termineront dans les deux cas par de vrais désastres militaires pour la plus grande armée du monde. Cela restera une vraie humiliation dans l’esprit des Britanniques qui développeront des théories racistes à l’égard des Afghans, dans le plus pur style du XIXème.

                Dans la deuxième moitié du XXème siècle, ce dernier était passé à un régime Républicain. Pendant plusieurs années se sont succédées des périodes de tentatives de réformes et de régressions, jusqu’en 1978 et un putsch mené par les communistes afghans, seule force politique suffisamment structurée, à l’encontre de Mohammed Daoud. Mais cela créa une certaine instabilité politique du fait de l’existence de deux partis d’orientation communiste se disputant le pouvoir. Ces deux partis étaient dirigés par Taraki et Amin, qui se livraient à une lutte de pouvoir jusqu’à la mort de Taraki en 1979, suivie de près par celle d’Amin en décembre 1979 quelques jours avant l’intervention soviétique. Il semblerait d’ailleurs que ce soit à la demande d’Amin que ceux-ci soient entrés en Afghanistan.

                Dès cet instant, les Soviétiques mirent au pouvoir un certain Barbak Karmal, avocat qui s’était réfugié quelques années plus tôt en URSS, devenant ainsi le garant de la volonté afghane d’une présence militaire soviétique dans le pays. Dans un premier temps et malgré l’envoi de dizaines de milliers d’hommes, ils laissèrent l’armée afghane s’occuper de la sécurité du pays, ainsi que de la lutte contre les premiers mouvements Moudjahiddines qui se créèrent, ne fournissant qu’un appui logistique et aérien aux offensives de l’armée afghane dans les montagnes du sud-est du pays. Mais très vite ce mouvement prit de l’ampleur et il se structura relativement. Partis des villages de campagne de la zone Pachtoune (au sud-est et à l’est donc) il fit peu à peu tache d’huile dans le reste du pays, aidé en cela par les pays musulmans (Iran de Khomeiny, pays du Golfe) ainsi que par les Etats-Unis, fidèles à leur stratégie de « containment » envers le Communisme.

                Rapidement les moyens furent donnés en Arabie Saoudite pour la création d’une légion Arabe qui irait prêter main-forte contre l’« agression Soviétique contre le monde Musulman ». le financement en fut en partie assuré par les Etats-Unis, mais devant le tergiversations des Saoudiens, un jeune homme du pays décida de prendre les choses en main et de commencer à former cette légion : Oussama Ben Laden. Il partit en Afghanistan avec quelques citoyens d’autres pays musulmans (Egypte, Algérie, Syrie et Arabie Saoudite donc) et utilisa son immense fortune et ses moyens issus d’une entreprise de BTP dans la construction d’abris et de voies de communications au service des Moudjahiddines, mais aussi dans l’entraînement et l’armement de la légion Arabe, avec la bénédiction de son pays mais aussi des Américains qui lui fournirent armes et aide financière.

                Au fur et à mesure les Soviétiques furent forcés de s’impliquer directement dans la guerre qui se développait, l’armée Afghane étant incapable de lutter contre les mouvements de rébellion. Mais l’Armée Rouge ne viendra pas à bout de la résistance ne contrôlant au mieux que les villes, se faisant prendre sans arrêt dans des guets-apens sur les routes. La guerre d’Afghanistan, menée en tant qu’une des dernières chances de survie d’un empire Soviétique déjà mal en point, sera en fait l’élément déclanchant de se chute.

                Lorsque l’Armée Rouge se retira les Américains cessèrent toute aide aux Afghans ainsi qu’aux Arabes présent en Afghanistan, et laissèrent le pays s’enfoncer dans une guerre civile entre les différentes factions des Moudjahiddines. Cette guerre continuera jusqu’à l’émergence des Talibans qui dans le milieu des années 90 pacifièrent 90% du pays en battant tous les chefs de guerre, à l’exception de ceux du Nord-Est. Dès lors, les Talibans sont maîtres du pays, commencent à créer des relations diplomatiques et commerciales avec les Etats-Unis. Cela aurait certainement pu continuer s’ils n’avaient pas accepté le retour de Ben Laden dans leur pays suite à son « expulsion » du Soudan en 1996.

                En 2001, lorsque les Américains décident d’intervenir en Afghanistan à la suite des attentats du 11 septembre ils utilisent ces chefs de guerre du Nord-Est qui résistent toujours aux Talibans pour mener leur offensive terrestre, leur donnant d’énormes moyens logistiques et un support aérien international très important. En quelques semaines l’Alliance du Nord conquiert tout le pays, mais perd dans la guerre son leader charismatique, Massoud, tué dans un attentat. Lorsque Kaboul est « libérée » les américains mettent en place un gouvernement dont ils confient la présidence à Hamid Karzai, homme d’affaire et politicien réfugié aux Etats-Unis depuis plusieurs années.

                Dans un premier temps chargé est donnée à la nouvelle armée Afghane d’assurer la sécurité dans tout le pays, les troupes de la coalition n’étant présent qu’en soutien dans les grandes villes (Kaboul, Jalalabad, Mazar-i-Sharif, Herat, Kandahar). Mais celle-ci ne réussissant pas à faire face au retour des Talibans dans tout l’est du pays (en particulier dans le sud-est donc), la coalition est dans l’obligation de prendre part aux affrontements, au sol et en soutien aérien.

                Les mêmes causes ont forcément les mêmes effets. Comme les Soviétiques, la Coalition tente de lutter contre un mouvement de rébellion qui bénéficie d’un large soutien dans la population locale, principalement parce que les Talibans sont issus de cette population, qu’ils défendent les valeurs de la majorité rurale des afghans, de tous ceux qui ne vivent pas à Kaboul même. Ils utilisent également les mêmes moyens, basés sur la collaboration d’une partie de la population citadine et sur une répression sanglante et sans grand discernement à l’encontre des populations rurales dont les villages sont la cible de bombardements, comme lors de l’occupation Soviétique. Enfin les Américains ont préféré faire appel à des hommes extérieurs à l’Afghanistan pour reconstruire le pays, comme les Soviétiques en 1979, avec pour conséquence que les dirigeants soient considérés comme les marionnettes des forces d’occupation, et ne bénéficient pas, du même coup, du soutien de la population. La tentative d’attentat contre Hamid Karzai il y a quelques semaines en est l’exemple le plus flagrant.

                Que peut-on attendre pour la suite en Afghanistan ? pas grand-chose il faut croire, un certain nombre d’experts militaires pensent que la guerre est déjà perdue, car mal menée, mal préparée. Il est certain qu’il aurait été plus intelligent d’étudier les raisons de la défaite Soviétique 15ans plus tôt, malheureusement cette analyse était impossible de la part des Américains aveuglés d’un côté par une volonté de vengeance suite au 11septembre, de l’autre pour des raisons idéologiques, les Américains étant certains d’être responsables de la chute de l’URSS et donc indirectement de sa défaite, en l’ayant poussé dans une coûteuse course aux armements sous Reagan.

                Dans les prochaines années il y a fort à parier que les troupes occidentales basées en Afghanistan se replieront après une série de revers, avec pour conséquence le retour au pouvoir des Talibans. L’Afghanistan a tenu en échec deux des plus puissants Empires de l’Histoire, il est en passe d’en faire autant avec la seule Superpuissance actuelle.

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